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Devenir héroïne/héros : destins romanesques
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Thème 1 : Devenir héros/héroïne : destins romanesques
Chapitre 2
Texte et image 4

Un chevalier transformé

✔ J'analyse l'évolution du héros chevaleresque

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Avant la lecture

Lisez l'extrait ci-dessous où le Gallois rencontre une femme pour la première fois.
Texte numérique - La première rencontre avec une jeune femme

La première rencontre avec une jeune femme


   Le jeune homme vient de quitter sa mère. Il aperçoit une tente, il pense que c'est un lieu de culte et s'y rend pour prier.

   Il parvint alors à la tente qu'il trouva ouverte, avec, au milieu, un lit recouvert d'une courtepointe1 de soie, et voici ce qu'il vit : sur le lit, toute seule, était couchée une demoiselle endormie, sans aucune compagnie. Ses suivantes étaient allées cueillir des fleurs toutes nouvelles pour en joncher la tente, comme elles en avaient l'habitude. Quand le jeune homme entra dans la tente, son cheval achoppa2 si fort que la demoiselle l'entendit et se réveilla en sursaut. Le jeune homme, qui était niais3 , dit :
   « Jeune fille, je vous salue comme ma mère me l'a appris. Ma mère m'a enseigné et dit de saluer les jeunes filles, en quelque lieu que je les trouve. »
   La jeune fille trembla de peur devant le garçon qui lui semblait fou, et elle se tint pour folle fieffée4 de ce qu'il l'avait surprise toute seule.
   « Jeune homme, fit-elle, passe ton chemin ; sauve-toi, que mon ami ne te voie pas !
   – Avant, je vous embrasserai, je le jure, répondit-il, n'en déplaise à quiconque, car ma mère me l'a enseigné.
   – Eh bien ! moi, non vraiment, je ne t'embrasserai jamais, dit la jeune fille, pour autant que je le puisse. Sauve-toi, que mon ami ne te trouve pas, car, s'il te trouve, tu es mort. »
   Le jeune homme avait les bras vigoureux, et il la prit gauchement5 , car il ne savait pas s'y prendre autrement. Il l'a renversée sous lui. Elle s'est bien défendue et débattue autant qu'elle a pu. Mais ses efforts furent vains, car le jeune homme, d'affilée, l'embrassa, bon gré mal gré, vingt fois, à ce que dit le conte, si bien qu'il vit à son doigt un anneau qui portait une brillante émeraude.
   « Ma mère, dit-il, m'a dit aussi de prendre l'anneau à votre doigt, à condition de ne rien vous faire de plus. Allez, l'anneau, je le veux.
   – Mon anneau, tu ne l'auras jamais, non jamais, fait la jeune fille, sache-le bien, sauf si par la force tu me l'arraches du doigt. »
   Le jeune homme la prit par la main, de force il lui étendit le doigt et il se saisit de l'anneau qu'il passa à son propre doigt.
   « Jeune fille, dit-il, grand bien vous fasse ! Maintenant je m'en irai comblé ; il est bien plus agréable de vous embrasser que n'importe quelle chambrière6 qu'il peut y avoir dans la maison de ma mère, car votre bouche n'est pas amère. »
   Tout éplorée7 , elle dit au jeune homme : « N'emporte pas mon petit anneau, car j'en aurais des ennuis, et toi, tu y perdrais la vie, tôt ou tard, je te le promets. »
   Le jeune homme n'était sensible à rien de ce qu'il entendait mais, pour avoir jeûné8, il mourait littéralement de faim. Il trouva un baril plein de vin et un hanap9 d'argent à côté, et il vit sur une botte de joncs une serviette blanche et toute neuve. Il la souleva et découvrit dessous trois bons pâtés de chevreuil tout frais. Ce mets fut loin de lui déplaire, à cause de la faim qui le tenaillait. Il rompit un des pâtés qu'il avait devant lui et le mangea de bon appétit ; il se versa dans la coupe d'argent du vin qui n'était pas mauvais, et il en but maintes grandes rasades10 .
   « Jeune fille, dit-il, ces pâtés, je ne pourrai pas à moi seul leur faire un sort. Venez manger, ils sont très bons. Chacun en aura assez avec le sien, et il en restera un tout entier. »
   Pendant ce temps, elle pleure, malgré les prières et les invitations du jeune homme ; elle ne répond pas un mot, mais elle pleure à chaudes larmes et de détresse se tord les poings. Quant à lui, il mange tout son soûl11 et boit jusqu'à plus soif. Puis il recouvre les restes et prend congé sur-le-champ en recommandant à Dieu celle qui n'apprécie pas du tout son salut.
   « Dieu vous sauve, fait-il, chère amie ! Mais, par Dieu, ne soyez pas désolée que j'emporte votre anneau, car avant que je ne meure de ma belle mort, je vous en récompenserai. Je m'en vais avec votre permission. »
   La jeune fille pleure et assure qu'elle ne le recommandera jamais à Dieu, car il lui faudra par sa faute endurer tant de honte et de déplaisir que jamais aucune malheureuse n'en subit autant et que jamais de lui, aussi longtemps qu'il vive, elle n'obtiendra secours ni aide.
Chrétien de Troyes,
Perceval ou le Conte du Graal, XIIe siècle, trad. Jean Dufournet, © Éditions Flammarion, 2025.

1. Couverture.
2. Se heurta.
3. Simple d'esprit.
4. Elle se considéra encore plus folle.
5. Maladroitement.
6. Femme de chambre.
7. En pleurs.
8. Comme s'il était privé de nourriture.
9. Vase pour boire.
10. Boisson servie à ras bord.
11. Jusqu'à être rassasié.

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a) Quels adjectifs le qualifie des lignes 5 à 12 ?
b) Montrez que son comportement est totalement opposé aux valeurs du chevalier.
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Texte

Le Gallois quitte Gornemant de Goort pour se rendre auprès de sa mère qu'il n'a pas revue depuis son départ. En chemin, il aperçoit un château et demande l'hospitalité. Une jeune femme amaigrie, Blanchefleur, l'accueille dans son château en ruine, habité par des gens désespérés. Durant la nuit, elle rejoint le jeune homme.

   Avec beaucoup de courtoisie1, il la prit dans ses bras aussitôt et l'attira contre lui : « Belle amie, lui dit-il, que désirez-vous ? Pourquoi êtes-vous venue ici ?
   – Ah ! noble chevalier, pitié ! Au nom de Dieu et de son Fils, je vous prie de ne pas me mépriser pour être venue ici. J'ai beau être peu vêtue, je n'ai jamais songé à rien d'extravagant ni de bas ni de laid, car il n'est au monde créature si affligée2 et si malheureuse que je ne sois encore plus affligée. Rien de ce que j'ai ne m'est agréable, car jamais je n'ai connu de jour sans malheur. Oui, je suis la proie du malheur, et je ne verrai pas d'autre nuit que celle-ci, ni d'autre jour que demain : je me tuerai plutôt de ma main. Des trois cent dix chevaliers qui défendaient ce château, il n'en est resté ici que cinquante, car c'est une cinquantaine qu'à lui seul un chevalier très cruel, Anguingeron, le sénéchal3 de Clamadeu des Îles, a emmenés, tués ou faits prisonniers. Pour les prisonniers, je me désole autant que pour les morts, car je sais bien qu'ils y mourront et qu'ils ne pourront jamais en sortir. Pour moi sont morts tant de gentilshommes : il est juste que je m'en désespère. Anguingeron a mis le siège4 devant le château tout un hiver et tout un été sans bouger. Sans cesse ses forces se sont accrues5 et les nôtres se sont amenuisées6 ; nos vivres se sont épuisés si bien qu'il n'en reste pas de quoi nourrir une abeille, et nous en sommes arrivés au point que demain, si Dieu n'intervient pas, ce château lui sera livré sans pouvoir être défendu, et moi avec, qui serai prisonnière. [...]

Le Gallois promet à Blanchefleur de l'aider. Mais en cas de victoire, il lui demande d'obtenir son amour en retour. Le lendemain, il va à la rencontre d'Anguingueron.

   Il mit la lance en arrêt, et ils s'élancèrent l'un contre l'autre sans se défier ni s'adresser la parole. Chacun disposait d'une lance en frêne au fer tranchant et à la hampe7 robuste et maniable. Les chevaux étaient rapides et les chevaliers puissants. Ils se haïssaient à mort. Ils se frappèrent si fort que craquaient les bois de leurs boucliers qui se brisèrent en même temps que les lances, et qu'ils se jetèrent l'un l'autre à terre. [...] Emportés par la colère et la rage, de toute la puissance de leurs bras ils firent voler les morceaux et les éclats de leurs deux lances. Anguingueron fut le seul à tomber, le corps couvert de blessures au point qu'il avait mal au bras et au côté. Le jeune homme mit pied à terre, car il ne savait l'attaquer en restant à cheval. Une fois descendu, il tira l'épée et l'assaillit. Je ne puis vous en raconter davantage, ni ce qui arriva à chacun, ni tous les coups l'un après l'autre : il reste que la bataille dura longtemps et que les coups furent très violents, jusqu'à ce qu'Anguingueron tombât, et le jeune homme l'attaqua si vigoureusement qu'il cria grâce ; mais son adversaire lui répondit qu'il n'en était pas question. Il se souvint pourtant du gentilhomme8 qui lui avait appris à ne pas tuer un chevalier du moment qu'il l'avait vaincu et qu'il avait pris le dessus sur lui.

Le Gallois laisse la vie sauve à Anguingueron et fait délivrer les prisonniers. Le château est en fête. Le Gallois annonce qu'il doit partir rendre visite à sa mère, mais promet de revenir.
Chrétien de Troyes,
Perceval ou le Conte du Graal, XIIe siècle, trad. Jean Dufournet, © Éditions Flammarion, 2025.

1. Respect.
2. Triste.
3. Officier en charge de la maison du roi.
4. Action militaire qui consiste à isoler un lieu en l'encerclant.
5. Ont augmenté.
6. Diminuées.
7. Manche.
8. Gornemant de Goort.
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Éclairage

Pour mériter l'amour de sa dame, le chevalier courtois se dépasse, se montre courageux et loyal. Respectueux et délicat, il est au service de celle qu'il aime en la défendant et en la protégeant.
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Placeholder pour Miniature anonyme montrant deux chevaliers en armure combattant à l'épée sur leurs chevaux, issue de Perceval le Gallois et Continuations de Chrétien de TroyesMiniature anonyme montrant deux chevaliers en armure combattant à l'épée sur leurs chevaux, issue de Perceval le Gallois et Continuations de Chrétien de Troyes
Miniature anonyme de Perceval le Gallois et Continuations de Chrétien de Troyes, 1330.
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Questionnement

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Pour commencer

1. Pourquoi Blanchefleur est-elle venue voir le Gallois ?

Comprendre, interpréter, apprécier

2. Comparez le comportement du Gallois dans l'extrait Avant la lecture avec son attitude envers Blanchefleur. Comment le jeune homme a-t-il évolué ?
3. Comment décririez-vous Blanchefleur, d'après cet extrait ? Justifiez votre réponse.
4.
Lexique

a) Donnez l'infinitif correspondant au participe passé « accrues » (l. 18).
b) Trouvez deux mots de la même famille.
c) Relevez l'antonyme de « accrues » dans cet extrait.
5. Quels éléments du texte montrent la violence du combat entre le Gallois et Anguingueron ?
6. a) Pourquoi le jeune homme laisse-t-il la vie sauve à Anguingueron ?
b) Pourquoi est-ce un signe de force et non de faiblesse ?
7.
Bilan

Faites un schéma pour illustrer l'évolution du personnage dans ses différents rôles (fils, homme et chevalier).
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À l'écrit

Activité A
Résumez cet extrait.
Méthode
  • Résumez le texte chacun(e) de votre côté.
  • Comparez vos résumés et mettez-vous d'accord sur ce qu'il faut conserver, enlever ou détailler, en justifiant vos idées.
  • Rédigez le résumé commun.

Activité B

Selon vous, le jeune homme est-il un chevalier courtois ( Éclairage) ? Justifiez votre réponse.
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À l'oral

Activité A

Lisez le texte lignes 4 à 27, en insistant sur le désespoir de Blanchefleur.

Activité B

Lisez le texte de la ligne 32 à la fin, en soulignant la violence du combat.
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