Ainsi demeura-t-il pendant cinq ans sans pour autant renoncer aux exploits chevaleresques. Toujours en quête d'aventures étranges, de celles qui sont périlleuses et difficiles, il en trouva tant qu'il éprouva toute sa valeur, et jamais il n'affronta d'entreprise si terrible qu'il ne la menât à bonne fin1. À la cour du roi Arthur il envoya prisonniers soixante chevaliers d'élite durant ces cinq années. Ainsi occupa-t-il les cinq années sans jamais se souvenir de Dieu.
Mais un jour, il entre dans une petite chapelle tenue par un ermite.
Perceval se mit à genoux aussitôt qu'il entra dans la chapelle, et le saint homme l'appela à lui, le voyant humble et en pleurs. [...]
« Ah ! cher ami, fit le saint homme, dis-moi donc quel est ton nom.
– Perceval, seigneur », lui répondit-il.
À ce mot, le saint homme soupire, car il a reconnu le nom, et il lui dit :
« Mon frère, ce qui t'a causé ce malheur, c'est un péché dont tu ne sais mot : ce fut le chagrin que ta mère éprouva à cause de toi quand tu la quittas, car elle tomba évanouie sur le sol, au bout du pont, devant la porte, et c'est de ce chagrin qu'elle est morte. À cause du péché que tu en portes, il t'arriva de ne rien demander sur la lance et le graal [...]. Celui à qui l'on en fait le service2, c'est mon frère. [...] Le graal est une si sainte chose et lui un être si spirituel que, pour vivre, il ne lui faut rien de plus que l'hostie3 qui vient dans le graal. Voilà déjà quinze ans qu'il est resté ainsi sans sortir de la chambre où tu as vu entrer le graal. Maintenant, je veux t'imposer une pénitence4 pour ton péché.
– Cher oncle, je le veux aussi [»], fait Perceval, du fond du cœur.
1. Il atteint toujours ses objectifs, même les plus difficiles.
2. Celui à qui l'on apporte le Graal.
3. Rondelle de pain sacrée que les chrétiens mangent pour communier avec Dieu.
4. Punition religieuse.