Gauvain s'assied sur le lit, avec les armes qu'il avait, le bouclier suspendu au cou. À l'instant même où il s'assied, les cordes jettent un cri, toutes les clochettes sonnent, si bien que tout le palais en résonne. Toutes les fenêtres s'ouvrent, et les merveilles de se manifester, les enchantements d'apparaître, car par les fenêtres volèrent à l'intérieur carreaux1 d'arbalète et flèches : plus de cinq cents frappèrent le bouclier de monseigneur Gauvain, mais il ne sut qui l'avait frappé. L'enchantement était tel que personne ne pouvait voir d'où venaient les carreaux, ni les archers qui les tiraient. Vous pouvez facilement imaginer l'énorme vacarme que faisaient, en se détendant, les arbalètes et les arcs. Même pour un trésor monseigneur Gauvain n'aurait pas voulu y être en cet instant. Mais les fenêtres tout aussitôt se refermèrent sans que personne les eût poussées. Monseigneur Gauvain enleva les carreaux plantés dans son bouclier et qui l'avaient blessé en de nombreux endroits de son corps, si bien que le sang en jaillissait.
Avant qu'il ne les eût tous retirés, voici que surgit une autre épreuve : un vilain2, d'un pieu3, a frappé une porte, qui s'est ouverte, et un lion, prodigieux de force et de férocité, tout efflanqué4, bondit d'une chambre par la porte et attaque monseigneur Gauvain avec une sauvagerie et une fureur extraordinaires si bien que, comme dans de la cire, il plante dans son bouclier toutes ses griffes et le renverse, le faisant tomber à genoux. Mais monseigneur Gauvain se redresse aussitôt et tire du fourreau sa bonne épée dont il frappe si fort le lion qu'il lui coupe la tête et les deux pattes. Il exulte5 de voir les pattes demeurer suspendues à son bouclier par les griffes, l'une visible à l'intérieur et l'autre pendant à l'extérieur.
1. Projectiles, en forme de petites flèches, utilisés avec une arbalète.
2. Villageois ou paysan.
3. Long morceau de bois
pointu.
4. Maigre.
5. Manifeste une grande joie.