Cornouiller. – Voici la consigne : vous devez apprébender1 tous les vaganbonds2. Vous devez dire à tout homme de faire halte3, au nom du prince.
Premier Homme du guet. – Et s'il refuse de faire halte ?
Cornouiller. – Alors en ce cas ne faites pas attention à lui, laissez-le aller, et ne tardez pas à rassembler la patrouille, et remerciez Dieu de vous avoir débarrassé d'un coquin.
Verjus. – S'il refuse de faire halte quand on le lui ordonne, c'est qu'il n'est pas sujet du prince.
Cornouiller. – C'est vrai, et nos hommes ne doivent s'occuper que des sujets du prince. En plus vous ne ferez aucun bruit dans les rues, car c'est tout à fait tolérable4 et à ne pas supporter que le guet papote et bavarde.
Un Homme du guet. – On va dormir au lieu de parler. On connaît les devoirs du guet.
Cornouiller. – Ma foi, vous parlez en membre expérimenté et paisible du guet, car je ne vois pas en quoi le sommeil pourrait être fautif. Veillez seulement à ne pas vous faire voler vos hallebardes5. Bon, vous devez passer dans tous les estaminets6 pour dire aux hommes ivres d'aller se coucher.
Un Homme du guet. – Mais s'ils ne veulent pas ?
Cornouiller. – Eh bien alors, laissez-les tranquilles jusqu'à ce qu'ils soient dégrisés7. Et s'ils ne vous répondent pas plus convenablement, alors vous pourrez leur dire qu'ils ne valent pas autant que vous le pensiez.
Un Homme du guet. – Bien, monsieur. [...]
Verjus. – Si vous entendez un enfant pleurer dans la nuit, il faut appeler la nourrice et lui dire de le calmer.
Un Homme du guet. – Et si la nourrice est endormie et ne nous entend pas ?
Cornouiller. – Eh bien alors, partez en paix et laissez l'enfant la réveiller par ses pleurs, car la brebis qui n'entend pas bêler son agneau ne répondra jamais à l'appel d'un veau.
Verjus. – C'est fort juste.
Cornouiller. – Fin des instructions. Vous, le chef, vous devez représenter la personne du prince. Si vous rencontrez le prince pendant la nuit, vous pouvez l'arrêter.
Verjus. – Non, par la Madone, je crois qu'il ne peut pas faire ça.
Cornouiller. – Je parie cinq shillings8 contre un avec n'importe quel homme connaissant les statuts9 qu'il peut l'arrêter. Morbleu, pas sans que le prince soit d'accord, car à vrai dire le guet ne doit offenser personne, et c'est une offense d'arrêter un homme contre sa volonté.
Verjus. – Par la Madone, je crois que c'est vrai.
1. Le mot correct est « appréhender ». Dans le texte original, le personnage emploie le verbe comprehend (comprendre) au lieu d'apprehend (appréhender). Cornouiller et Verjus maîtrisent mal le langage et emploient souvent un mot pour un autre.
2. Le mot correct est « vagabonds ».
3. S'arrêter.
4. Le mot correct est « intolérable ».
5. Armes.
6. Tavernes, auberges.
7. Qu'ils ne soient plus ivres.
8. Ancienne monnaie.
9. Règles juridiques.