Un jour, sur un tas de fumier,
un coq s'était mis à chanter,
quand il vit arriver à lui
un renard un peu trop poli
qui lui dit : « Que vous êtes beau,
le plus beau de tous les oiseaux !
Et votre voix est un régal :
nulle autre, je crois, ne l'égale ;
seul votre père faisait mieux
car il chantait fermant les yeux. »
Le coq, certain de son affaire,
bat des ailes et clôt1 les paupières,
sûr de chanter mieux de la sorte.
Mais d'un bond le renard l'emporte,
puis s'enfuit à travers les bois.
Arrivé dans un champ, il voit
courir après lui des bergers.
Leurs chiens se mettent à hurler,
voyant le renard et son coq :
« S'il vient vers nous, on le lui croque2 ! »
Le coq dit : « Crie-leur de ce pas3
que tu ne me lâcheras pas. »
Le renard crie donc, quelle faute !
car le coq se dégage et saute
sur la branche d'un arbre immense.
Penaud4, le renard prend conscience
que ce maudit coq s'est joué
de sa grande naïveté ;
et plein d'une colère ardente5,
il maudit sa bouche imprudente,
qui aurait mieux fait de se taire.
« Moi, répond le coq, au contraire,
je maudis l'œil que j'ai fermé :
j'aurais dû l'ouvrir et guetter
pour éviter bien des périls6. »
Et ainsi font les imbéciles :
parler au lieu de se taire,
se taire au lieu de parler clair.
1. Ferme.
2. On mange son coq.
3. Immédiatement.
4. Honteux.
5. Forte, vive.
6. Dangers.