« Tu ne peux t'emparer d'aucune bête d'entre nous qu'au prix de dures fatigues. Nous avons envisagé, d'un commun accord, un parti1 qui nous procurerait le repos, à toi comme à nous, si tu nous rassurais et apaisais2 nos craintes.
– Soit, dit le lion.
– Eh bien, nous prendrons chaque jour parmi nous une bête, que nous t'enverrons pour ton repas du matin. »
Le lion, satisfait du projet, donna son accord et les deux parties3 s'engagèrent à tenir leurs promesses.
Le sort tomba, quelque temps après, sur un lièvre, qui dit aux bêtes :
« Y aurait-il pour vous quelque inconvénient à m'accorder gracieusement une chose qui, sans vous causer le moindre tort, me permettrait de vous délivrer du lion ? »
Le lièvre demande à se rendre seul chez le lion.
Quand il [le lion] vit le lièvre :
« D'où viens-tu ? lui demanda-t-il, et où sont les bêtes ?
– Je viens de leur part, répondit le lièvre, et elles sont tout près d'ici. Elles m'avaient chargé de t'amener un lièvre, mais, tout près d'ici, un lion a surgi devant moi et me l'a pris. Comme je lui représentais que le lièvre était le repas du roi et qu'il ne devait pas me l'arracher, il a lancé des injures à ton adresse et s'est prétendu plus digne que toi de commander à ce pays et à ses bêtes ; je suis alors venu te trouver pour te mettre au courant. »
Le lion demanda au lièvre de l'accompagner et de lui montrer cet autre lion ; et le lièvre de le conduire auprès d'un puits à l'eau limpide4 :
« C'est ici que se tenait le lion, lui dit-il, mais j'ai peur de lui ; tiens-moi donc serré contre toi. »
Le lion, prenant avec lui le lièvre, regarda dans le puits et y vit leurs deux images. Il déposa le lièvre à terre, bondit dans le puits pour attaquer et combattre l'autre lion et se noya.
1. Une solution.
2. Calmais.
3. Camps.
4. Très claire, pure.