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Antigone face au tyran
P.406-407

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Antigone face au tyran





SOPHOCLE

SOPHOCLE

(vers 496-406 avant J.-C.)


SOPHOCLE (vers 496-406 avant J.-C.) est un dramaturge grec, connu pour ses tragédies. Il a écrit plus d’une centaine de pièces dont Œdipe Roi et Antigone, mais seules sept nous sont parvenues. Ses pièces sont considérées comme des œuvres littéraires majeures.

SOPHOCLE, Antigone

Antigone a été arrêtée et conduite à Créon. Elle lui tient tête...

  ANTIGONE. – Tu me tiens dans tes mains : veux-tu plus que ma mort ?
  CRÉON. – Nullement : avec elle, j’ai tout ce que je veux.
  ANTIGONE. – Alors pourquoi tarder ? Pas un mot de toi qui me plaise, et j’espère qu’aucun ne me plaira jamais. Et, de même, ceux dont j’use ne sont-ils pas faits pour te déplaire ? Pouvais-je cependant gagner plus de noble gloire que celle d’avoir mis mon frère au tombeau ? Et c’est bien ce à quoi tous ceux que tu vois là applaudiraient aussi, si la peur ne devait leur fermer la bouche. Mais c’est – entre beaucoup d’autres – l’avantage de la tyrannie qu’elle a le droit de dire et de faire absolument ce qu’elle veut.
  CRÉON. – Toi seule penses ainsi parmi ces Cadméens1.
  ANTIGONE. – Ils pensent comme moi, mais ils tiennent leur langue.


SOPHOCLE, Antigone, pièce représentée vers 441 avant J.-C., in Tragédies complètes, traduction de Paul Mazon, © Les Belles Lettres, 1962.

1. Habitants de Thèbes (la ville a été fondée par Cadmos).

Antigone


JEAN ANOUILH

JEAN ANOUILH

(1910-1987)


JEAN ANOUILH (1910-1987) est un dramaturge qui puise souvent son inspiration dans les mythes et tragédies de l’Antiquité (Eurydice, Antigone, Médée). Antigone est l’une de ses pièces majeures. Elle a été mise en scène pour la première fois en 1944, sous l’occupation allemande, et a connu un grand succès.

JEAN ANOUILH, Antigone



  ANTIGONE. – Vous êtes odieux !
  CRÉON. – Oui, mon petit. C’est le métier qui le veut. Ce qu’on peut discuter, c’est s’il faut le faire ou ne pas le faire. Mais si on le fait, il faut le faire comme cela.
  ANTIGONE. – Pourquoi le faites-vous ?
  CRÉON. – Un matin, je me suis réveillé roi de Thèbes. Et Dieu sait si j’aimais autre chose dans la vie que d’être puissant...
  ANTIGONE. – Il fallait dire non, alors !
  CRÉON. – Je le pouvais. Seulement, je me suis senti tout d’un coup comme un ouvrier qui refusait un ouvrage. Cela ne m’a pas paru honnête. J’ai dit oui.
  ANTIGONE. – Eh bien, tant pis pour vous. Moi, je n’ai pas dit « oui » ! Qu’est-ce que vous voulez que cela me fasse, à moi, votre politique, votre nécessité, vos pauvres histoires ? Moi, je peux dire « non » encore à tout ce que je n’aime pas et je suis seul juge. Et vous, avec votre couronne, avec vos gardes, avec votre attirail, vous pouvez seulement me faire mourir parce que vous avez dit « oui ».
  CRÉON. – Écoute-moi.
  ANTIGONE. – Si je veux, moi, je peux ne pas vous écouter. Vous avez dit « oui ». Je n’ai plus rien à apprendre de vous. Pas vous. Vous êtes là, à boire mes paroles. Et si vous n’appelez pas vos gardes, c’est pour m’écouter jusqu’au bout.
  CRÉON. – Tu m’amuses !
  ANTIGONE. – Non. Je vous fais peur. C’est pour cela que vous essayez de me sauver. Ce serait tout de même plus commode de garder une petite Antigone vivante et muette dans ce palais. Vous êtes trop sensible pour faire un bon tyran, voilà tout. Mais vous allez tout de même me faire mourir tout à l’heure, vous le savez, et c’est pour cela que vous avez peur. C’est laid un homme qui a peur.
  CRÉON, sourdement. – Eh bien, oui, j’ai peur d’être obligé de te faire tuer si tu t’obstines. Et je ne le voudrais pas. [...]
  ANTIGONE. – Pauvre Créon ! Avec mes ongles cassés et pleins de terre et les bleus que tes gardes m’ont faits aux bras, avec ma peur qui me tord le ventre, moi je suis reine.


JEAN ANOUILH, Antigone, © Éditions de la Table ronde, 1946.

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Antigone

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Les images

1
Dans chaque mise en scène – celle d’Adel Hakim (⇧) et celle de Nicolas Briançon (⇧), de quelle manière la violence exercée par Créon sur Antigone s’illustre-t-elle ?



2
Dans la mise en scène d’Adel Hakim (⇧), montrez que le décor ajoute de la tension à la scène.



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Les textes

COMPÉTENCE - Je lis des images et des documents composites et je les mets en relation avec des textes

Sentiments et politique

1
Quels sentiments Antigone et Créon éprouvent-ils l’un pour l’autre dans l’extrait de Sophocle ? Et dans celui d’Anouilh ? Justifiez.



2
Dans quelle pièce Créon semble-t-il être le plus enclin à discuter avec Antigone ?



Quel tyran ?

3
Comment Antigone définit-elle la tyrannie chez Sophocle ?



4
a) Dans le texte d’Anouilh, quelle image Créon donne-t-il de son rôle de roi ? b) Semble-t-il heureux d’être roi ?



5
Que signifie et implique l’expression « dire oui » chez Anouilh ?



Antigone résistante

6
a) Dans le texte d’Anouilh, relevez les expressions qui montrent qu’Antigone connait le sort qui l’attend. b) Quelle est son attitude ?



7
a) Relevez, dans chaque extrait, une phrase qui indique que Créon aime que ses sujets se taisent. b) Entre Antigone et Créon, qui domine l’autre ? Justifiez.



8
a) Dans l’extrait d’Anouilh, comment comprenez-vous la dernière réplique d’Antigone ? b) À quelle réplique s’oppose-t-elle ? Cherchez la même anaphore.



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