COURS 4


Le Second Empire, de la répression des oppositions à la libéralisation




Vocabulaire

Avertissement : sanction prise contre un journal ayant exprimé des critiques envers le régime et dont la répétition entraîne la suspension, puis la suppression de l’autorisation de parution.

Bagne : lieu de détention, d’éloignement et de travail forcé où étaient envoyés des criminels condamnés.

Déchéance : perte ou suppression d’une dignité ou d’une fonction.

Droit d’interpellation : droit des députés d’adresser officiellement des critiques contre la politique du gouvernement.

Libéralisation : suppression de mesures limitant les libertés et octroi de droits nouveaux par le gouvernement.



Quelle est la place des oppositions politiques sous le Second Empire ?


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La renaissance d’une opposition ouverte au régime

La montée des mécontentements. À partir du début des années 1860, la politique impériale suscite des critiques de plus en plus nombreuses parmi les soutiens de Napoléon III. L’Église attaque la politique italienne de l’empereur, défavorable au pape ; les conservateurs contestent la politique de libre‑échange, les mesures sociales prises en faveur des ouvriers ou encore le coût de la politique extérieure.

L’opposition parlementaire. Lors de l’élection législative de 1863, 17 candidats républicains et 15 candidats libéraux sont élus : ils demandent une libéralisation du régime (doc. 3). L’opposition reste cependant très divisée.

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Victor Hugo dénonce le contrôle de la presse

Et la liberté de la presse ! Qu’en dire ? N’est‑il pas dérisoire seulement de prononcer ce mot ? […] À Paris, vingt journaux anéantis ; dans les départements, quatre‑vingts ; cent journaux supprimés […]. Les trois quarts des journalistes républicains déportés ou proscrits, le reste traqué par les commissions mixtes, dispersé, errant, caché ; à peine çà et là, dans quatre ou cinq journaux survivants, dans quatre ou cinq journaux indépendants, mais guettés, sur la tête desquels pend le gourdin de Maupas, quinze ou vingt écrivains courageux, sérieux, purs, honnêtes, généreux, qui écrivent, la chaîne au cou et le boulet au pied.


Victor Hugo, Napoléon le Petit, 1852.

Repères

Victor Hugo (1802-1885)

Victor Hugo
(1802-1885)

Écrivain, poète et dramaturge français, il développe des idées démocratiques sous la monarchie de Juillet et est élu député sous la IIe République. Il soutient Louis‑Napoléon Bonaparte pour l’élection présidentielle de 1848, mais s’oppose au coup d’État du 2 décembre 1851. Il s’exile sur l’île de Jersey et dénonce le nouveau régime dans des pamphlets comme Napoléon le Petit (1852). Malgré l’amnistie politique de 1859, il refuse de rentrer en France tant que dure le Second Empire.

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Arrestations et déportations sous le Second Empire

Arrestations et déportations sous le Second Empire

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Les « libertés nécessaires » selon Adolphe Thiers

Il faut que tous ensemble échangent leurs idées et arrivent à cette pensée commune qu’on appelle l’opinion publique ; et cela n’est possible que par la presse. Il faut donc qu’elle soit libre […] La seconde liberté nécessaire, c’est cette liberté d’échange dans les idées qui crée l’opinion publique. Mais lorsque cette opinion se produit, il ne faut pas qu’elle soit un vain bruit, il faut qu’elle ait un résultat. Pour cela il faut que des hommes choisis viennent l’apporter ici, au centre de l’État – ce qui suppose la liberté des élections […]. Il ne faut pas que [le gouvernement] puisse dicter les choix et imposer sa volonté dans les élections […]. Quand ces élus sont ici mandataires de l’opinion publique, chargés de l’exprimer, il faut qu’ils jouissent d’une liberté complète ; il faut qu’ils puissent à temps […] apporter un utile contrôle à tous les actes du pouvoir.


Adolphe Thiers, discours au Corps législatif, 11 janvier 1864.

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Le contrôle de la vie politique

Un régime répressif. L’arsenal répressif mis en place dès 1850 par le parti de l’Ordre est renforcé et les effectifs de la police augmentent fortement. Pendant toute la durée du régime, des milliers de personnes, dont un grand nombre d’opposants politiques, sont arrêtées ou envoyées au bagne à Cayenne et en Algérie (doc. 1). Après l’attentat manqué d’Orsini contre l’empereur en 1858, la répression se durcit encore.

La presse muselée. Une censure rigoureuse est mise en place afin de veiller au respect de la morale et de l’ordre social. Le système de l’avertissement, qui permet la suspension voire l’interdiction des journaux indociles, empêche toute critique du pouvoir. Cependant, une littérature contestataire est diffusée en secret : c’est par exemple le cas du pamphlet de Victor Hugo, Napoléon le Petit (doc. 2).

L’exil ou la prison. À l’image de Victor Hugo, Edgar Quinet et Jeanne Deroin, des milliers de personnes s’exilent, principalement au Royaume‑Uni et en Belgique, par crainte d’être arrêtées. À l’étranger, ils contribuent à alimenter l’opposition au régime.


D’abord sévèrement réprimées, les oppositions renaissent à la faveur de la libéralisation progressive du régime. Ce dernier reste très solide mais ne survit pas à la défaite de Sedan contre la Prusse.

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La libéralisation du régime

Des réformes d’ampleur limitée. Face à la montée des contestations, Napoléon III concède plusieurs réformes. En 1867, il accorde au Corps législatif le droit d’interpellation. Le système de l’avertissement est supprimé, même si la presse reste en réalité très surveillée (doc. 4). Les réunions publiques sont autorisées en 1868, à condition qu’elles ne portent pas sur des sujets politiques ou religieux.

« L’Empire libéral ». Les élections législatives de 1869 sont un échec pour le pouvoir, qui perd un million de voix. En réaction, Napoléon III accepte une évolution parlementaire du régime : les ministres seront désormais responsables devant les députés. Le plébiscite du 8 mai 1870, portant sur cette libéralisation du régime, est un succès pour le pouvoir impérial. Mais, quelques semaines après, la défaite française de Sedan entraîne la déchéance de l’empereur, prisonnier des Prussiens, et la proclamation de la IIIe République le 4 septembre 1870.

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La censure de la presse

André Gill, Loi de 1868, Honoré Daumier poignardé par Napoléon III
André Gill, Loi de 1868, Honoré Daumier poignardé par Napoléon III, 1877, lithographie, 41 x 60 cm, Sammlung Archiv, Berlin.

Histoire et fiction

Victor Hugo, ennemi d’État est une mini‑série réalisée en 2018 par Iris Bucher. Les romans de Victor Hugo ont été adaptés de nombreuses fois à la télévision et au cinéma, en particulier Notre-Dame de Paris et Les Misérables. Mais l’engagement politique de l’écrivain a également inspiré des fictions.

Victor Hugo, ennemi d’État, mini-série

Dans cette série très documentée, Iris Bucher raconte le parcours de Victor Hugo à partir de la révolution de février 1848 : député à l’Assemblée nationale, il vit l’agonie et la chute de la République. Déniant toute légitimité au régime issu du coup d’État, il doit s’enfuir et, exilé, devient l’opposant le plus connu à Napoléon III. Le documentaire Victor Hugo, un siècle en révolutions de Jacques Loeuille (2018) offre un contrepoint pertinent à cette série.
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