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Dans les bas-fonds
P.198-199

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EUGÈNE SUE

EUGÈNE SUE

(1804-1857)


EUGÈNE SUE (1804-1857) vit une jeunesse dorée avant de se consacrer à l’écriture. Avec Les Mystères de Paris, il rencontre un immense succès populaire. Il mène ensuite une carrière politique comme député socialiste.

EUGÈNE SUE, Les Mystères de Paris

Les Mystères de Paris marque la naissance de la littérature populaire. Le roman est publié en feuilleton dans un journal selon le même principe que nos séries télévisées actuelles. Trente ans avant Zola (voir chapitre 6), Eugène Sue dépeint les couches populaires de la société. L’extrait suivant est situé au début du livre.

  Ce début annonce au lecteur qu’il doit assister à de sinistres scènes ; s’il y consent, il pénétrera dans des régions horribles, inconnues ; des types hideux, effrayants, fourmilleront dans ces cloaques1 impurs comme les reptiles dans les marais. [...]
  Les barbares dont nous parlons sont au milieu de nous ; nous pouvons les coudoyer2 en nous aventurant dans les repaires où ils vivent, où ils se rassemblent pour concerter le meurtre, le vol, pour se partager enfin les dépouilles de leurs victimes.
  Ces hommes ont des mœurs3 à eux, des femmes à eux, un langage à eux, langage mystérieux, rempli d’images funestes, de métaphores dégouttantes de sang. [...]

  Le 13 décembre 1838, par une soirée pluvieuse et froide, un homme d’une taille athlétique, vêtu d’une mauvaise blouse, traversa le pont au Change et s’enfonça dans la Cité4, dédale de rues obscures, étroites, tortueuses, qui s’étend depuis le Palais de Justice jusqu’à Notre-Dame.
  Le quartier du Palais de Justice, très circonscrit, très surveillé, sert pourtant d’asile ou de rendez-vous aux malfaiteurs de Paris. N’est-il pas étrange, ou plutôt fatal, qu’une irrésistible attraction fasse toujours graviter ces criminels autour du formidable tribunal qui les condamne à la prison, au bagne, à l’échafaud !
  Cette nuit-là, donc, le vent s’engouffrait violemment dans les espèces de ruelles de ce lugubre quartier ; la lueur blafarde5, vacillante, des réverbères agités par la bise, se reflétait dans le ruisseau d’eau noirâtre qui coulait au milieu des pavés fangeux6.
  Les maisons, couleur de boue, étaient percées de quelques rares fenêtres aux châssis vermoulus7 et presque sans carreaux. De noires, d’infectes allées conduisaient à des escaliers plus noirs, plus infects encore, et si perpendiculaires, que l’on pouvait à peine les gravir à l’aide d’une corde à puits fixée aux murailles humides par des crampons de fer.
  Le rez-de-chaussée de quelques-unes de ces maisons était occupé par des étalages de charbonniers, de tripiers8 ou de revendeurs de mauvaises viandes.
  Malgré le peu de valeur de ces denrées9, la devanture de presque toutes ces misérables boutiques était grillagée de fer, tant les marchands redoutaient les audacieux voleurs de ce quartier.
  L’homme dont nous parlons, en entrant dans la rue aux Fèves, située au centre de la Cité, ralentit beaucoup sa marche : il se sentait sur son terrain.
  La nuit était profonde, l’eau tombait à torrents, de fortes rafales de vent et de pluie fouettaient les murailles.
  Dix heures sonnaient dans le lointain à l’horloge du Palais de Justice.


EUGÈNE SUE, Les Mystères de Paris, 1842-1843.

1. Lieux immondes (au sens propre : égouts).
2. Toucher du coude ; côtoyer.
3. Habitudes de vie.
4. Quartier de l’ile de la Cité, au coeur de Paris.
5. Pâle, terne.
6. Boueux.
7. Mangés par les vers ; abîmés par le temps.
8. Vendeurs de tripes.
9. Produits.

Les Mystères de Paris

Repère

Objectif et subjectif :
  • Comme vous l’avez constaté dans le chapitre 7 sur la presse, une description est objective quand elle est neutre (le mur est jaune) ; elle est subjective quand elle exprime un point de vue personnel (le mur est immonde).
Mélioratif et péjoratif
  • Un propos mélioratif exprime un point de vue positif (une couleur éclatante) ; un propos péjoratif exprime un point de vue négatif (une couleur criarde).

100% Numérique

Découvrez comment Paris a évolué depuis l’époque d’Eugène Sue avec C'est pas sorcier.
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Le texte

COMPÉTENCE - Je maitrise davantage l'argumentation, je sais expliquer et justifier

La caractérisation de la ville

1
a) Qu’annonce le narrateur au début de son livre ? Reformulez en une phrase. b) Selon vous, est-ce une bonne introduction ? Expliquez.



2
Quelle image le narrateur donne-t-il du quartier de l’ile de la Cité ?



3
La description est-elle objective ou subjective ? Aidez-vous du Repère et justifiez en citant le texte.



4
Cette description est-elle péjorative ou méliorative ? Relevez des adjectifs qualificatifs et précisez le champ lexical auquel ils appartiennent pour justifier votre réponse. Aidez-vous du Repère.



5
Comment la description progresse-t-elle ? Aidez-vous de l’organisation en paragraphes.



Les impressions du lecteur

6
Quel rôle la météo et le moment de la journée jouent-ils dans cette description ?



7
a) Que sait-on sur le personnage principal ? b) D’après vous, qui est-il ?



8
Le lecteur est-il amené à se sentir lui aussi « sur son terrain » (l. 40) ? Justifiez.



9
À votre avis, quel genre d’histoire va suivre ?



10
Ce début de roman donne-t-il envie de poursuivre la lecture ? Justifiez votre propos et n’hésitez pas à le nuancer.

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Coin de la rue de Seine et de la rue de l’Échaudé

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L’image

1
Quelle impression se dégage de cette photographie ? Pourquoi ?



2
Décrivez cette image en utilisant au moins trois adjectifs issus du texte d’Eugène Sue.



3
À votre avis, que font les deux personnages à la fenêtre ?



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