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« Il est temps qu’il sache »




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Lignes de Faille Randall
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« Il est temps qu’il sache »

Tout au long de son roman, Nancy Huston dissémine des informations sur le passé secret de Kristina. En voici un exemple tiré du deuxième chapitre, dans lequel la narration est prise en charge par Randall.

  Je vais dans ma chambre et me mets à jouer à la guerre avec mes Playmobil, je n’ai pas le droit d’avoir des soldats parce que m’man est contre la guerre, elle ne veut pas que je devienne un macho brutal et borné comme la plupart des hommes.
  « Les gens ignorent tout de cette histoire, Aron, je l’entends dire de loin, et sa voix est tellement pleine d’émotion qu’elle me fait peur. Les camps, ils connaissent – mais ça, rien. Rien de rien. » Je n’entends pas la réponse de p’pa et ensuite elle dit « Deux cent cinquante mille enfants ! Enlevés ! Volés ! Arrachés à leur famille en Europe de l’Est… » et je commence à me sentir très nerveux. Ma chauve-souris1 me suggère de faire des bruits d’explosion avec la bouche en transformant mes Lego en hélicoptères et en bombardiers et en missiles sol-air pour noyer la voix de ma mère alors je le fais et ça marche.
  Quand p’pa m’appelle pour le repas, m’man a les coudes sur la table et elle tient la tête avec les deux mains comme si elle pesait une tonne. [...]
  Pendant qu’on mange le poisson que p’pa a découpé en filets parce que j’ai peur qu’une arête se coince dans ma gorge et m’étrangle, m’man se tourne vers moi et me dit « Randall » sur un ton qui me donne envie d’être à nouveau chez Barry en train de lécher la poudre au citron dans ma main sans le moindre souci.
  « Oui, m’man ?
  – Randall, je dois encore partir en voyage. En Allemagne. Je sais que tu dois avoir l’impression que je suis tout le temps partie… mais les documents pour ma thèse se trouvent presque tous en Allemagne, je n’y peux rien.
  – Sadie, dit p’pa, Randall ne comprend rien à ce que tu racontes. Il serait incapable de te montrer l’Allemagne sur un globe.
  – Eh bien, il est temps qu’il sache où se trouve l’Allemagne parce qu’il a du sang allemand dans les veines ! Tu le sais, Randall ? Tu sais que ta mamie Erra est née en Allemagne ?
  – Non, je dis. Je croyais qu’elle était canadienne.
  – Elle a grandi au Canada, c’est vrai, et elle ne parle jamais des premières années de sa vie mais le fait est qu’elle les a passées en Allemagne. C’est vraiment important pour moi d’apprendre tout ce que je peux là-dessus. Je le fais pour toi aussi, tu sais… On ne peut pas construire un avenir ensemble si on ne connaît pas la vérité sur notre passé. N’est-ce pas ?
  – Pour l’amour du ciel, Sadie, dit p’pa, le gamin n’a que six ans ! »


Nancy Huston, Lignes de faille, chapitre II, 2006, © Actes Sud.


1. Surnom donné par Randall à son grain de beauté pour sa forme. Il le considère comme un talisman.

Éclairage

Pour accélérer la création d’une race aryenne, le régime nazi instaura sous l’initiative d’Heinrich Himmler des Lebensborn (« fontaines de vie » en français) dans lesquels des femmes correspondant aux critères physiques aryens pouvaient concevoir des enfants avec des SS. Entre 1940 et 1945, des centaines de milliers d’enfants polonais, ukrainiens et baltes de type aryen furent également enlevés pour être placés dans des familles allemandes.

Texte écho
Sarah Cohen-Scali, Max (2012)

Le roman Max adopte le point de vue de l’un des enfants nés du programme Lebensborn.

  19 avril 1936. Bientôt minuit. Je vais naître dans une minute exactement. Je vais voir le jour le 20 avril. Date d’anniversaire de notre Führer. Je serai ainsi béni des dieux germaniques et l’on verra en moi le premier- né de la race suprême. La race aryenne. Celle qui désormais régnera en maître sur le monde. Je suis l’enfant du futur. Conçu sans amour. Sans Dieu. Sans Loi. Sans rien d’autre que la force et la rage. Je mordrai au lieu de téter. Je hurlerai au lieu de gazouiller. Je haïrai au lieu d’aimer. Heil Hitler !

Sarah Cohen-Scali, Max, 2012, Éditions️ Gallimard.

Ressource complémentaire

Une infirmière dans un centre du Lebensborn, 1943, Archives fédérales d'Allemagne.
Une infirmière dans un centre du Lebensborn, 1943, Archives fédérales d'Allemagne.

Ressource complémentaire

Au cœur de l'histoire : émission, « Ces Français nés dans des maternités SS »

Pour en savoir plus sur le programme Lebensborn : "Ces Français nés dans des maternités SS", Au cœur de l'histoire, 19 avril 2012, France Inter.
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Entrer dans le texte

1
Quelles réactions vous inspire cet extrait ?


Passé et présent

2

a. Par quelles émotions Randall passe-t-il ?

b. Par quelles émotions Sadie passe-t-elle ? Justifiez vos réponses.


3
Comment la guerre est-elle présente à la fois dans le passé et dans le présent ?


4
GRAMMAIRE

a. Quel est le temps employé par Randall pour la narration ?

b. Quelle est sa valeur ? Quel est l’effet provoqué par cet emploi ?


Un lecteur actif

5
Relevez les différentes informations sur le passé de Kristina disséminées dans le texte.


6

a. Selon vous, pourquoi Nancy Huston a-t-elle fait ce choix de disséminer les informations au sujet de son personnage ?

b. Que pensez-vous de ce choix ?


7
Texte écho Comparez les manières respectives de Nancy Huston et de Sarah Cohen-Scali de faire des Lebensborn un sujet romanesque.


8
Cherchez l’étymologie du mot « histoire », puis montrez en quoi cette étymologie éclaire le texte.


Vers le commentaire

9
En quoi la manière d’informer le lecteur sur les Lebensborn dans ce texte est-elle originale ?


ORAL
Théâtre
Formez un groupe de trois camarades et interprétez la scène dialoguée (► l. 15-34).
Enregistrez-vous pour vous entraîner.
Enregistreur audio

Christian Boltanski, Monument Odessa, 1989, installation : photographies noir et blanc et trois boîtes à biscuits, lampes et fils, 203,2 × 182,9 cm, Marian Goodman Gallery, New York.
Christian Boltanski, Monument Odessa, 1989, installation : photographies noir et blanc et trois boîtes à biscuits, lampes et fils, 203,2 × 182,9 cm, Marian Goodman Gallery, New York.
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L'image

1
L’artiste a placé des boîtes à biscuits sous les photographies. Que vous évoquent-elles ?

2
Quels liens pouvez-vous faire entre cette installation et le roman de Nancy Huston ?

Ressource complémentaire

Une analyse de l'œuvre Monument Odessa

Otto le gardien de l'art contemporain : Christian Boltanski, Monument Odessa, theFROGGIESMEDIA.
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