Chargement de l'audio en cours
Plus

Plus

Sganarelle fait des miracles
P.208-209

Mode édition
Ajouter

Ajouter

Terminer

Terminer

Texte et image


Sganarelle fait des miracles





MOLIÈRE, Le Médecin malgré lui

Sganarelle et Léandre (déguisés en médecin et apothicaire ) se rendent chez Lucinde pour l’examiner. Celle-ci se met tout à coup à parler.

  GÉRONTE. – Voilà ma fille qui parle ! Ô grande vertu1 du remède ! Ô admirable médecin ! Que je vous suis obligé2, Monsieur, de cette guérison merveilleuse ! et que puis-je faire pour vous après un tel service ?
  SGANARELLE, se promenant sur le théâtre et s’essuyant le front. – Voilà une maladie qui m’a bien donné de la peine !
  LUCINDE. – Oui, mon père, j’ai recouvré la parole : mais je l’ai recouvrée pour vous dire que je n’aurai jamais d’autre époux que Léandre, et que c’est inutilement que vous voulez me donner Horace.   GÉRONTE. – Mais…
  LUCINDE. – Rien n’est capable d’ébranler la résolution3 que j’ai prise.
  GÉRONTE. – Quoi… ?
  LUCINDE. – Vous m’opposerez en vain4 de belles raisons.
  GÉRONTE. – Si…
  LUCINDE. – Tous vos discours ne serviront de rien.
  GÉRONTE. – Je…
  LUCINDE. – C’est une chose où je suis déterminée.
  GÉRONTE. – Mais…
  LUCINDE. – Il n’est puissance paternelle qui me puisse obliger à me marier malgré moi.
  GÉRONTE. – J’ai…
  LUCINDE. – Vous avez beau faire tous vos efforts.
  GÉRONTE. – Il…
  LUCINDE. – Mon cœur ne saurait se soumettre à cette tyrannie.
  GÉRONTE. – La…
  LUCINDE. – Et je me jetterai plutôt dans un couvent que d’épouser un homme que je n’aime point.
  GÉRONTE. – Mais…
  LUCINDE, parlant d’un ton de voix à étourdir. – Non. En aucune façon. Point d’affaires. Vous perdez le temps. Je n’en ferai rien. Cela est résolu.
  GÉRONTE. – Ah ! quelle impétuosité5 de paroles ! Il n’y a pas moyen d’y résister. Monsieur, je vous prie de la faire redevenir muette.
  SGANARELLE. – C’est une chose qui m’est impossible. Tout ce que je puis faire pour votre service est de vous rendre sourd, si vous voulez. [Géronte remercie Sganarelle, qui lui propose alors de guérir Lucinde de sa « folie ».] Notre apothicaire nous servira pour cette cure6. (À Léandre) Un mot. Vous voyez que l’ardeur7 qu’elle a pour ce Léandre est tout à fait contraire aux volontés du père […] et qu’il est nécessaire de trouver promptement8 un remède à ce mal, qui pourrait empirer par le retardement. Pour moi, je n’y en vois qu’un seul, qui est une prise de fuite purgative9, que vous mêlerez comme il faut avec deux drachmes10 de matrimonium11 en pilules. Peut-être fera-t-elle quelque difficulté à prendre ce remède : mais comme vous êtes habile homme dans votre métier, c’est à vous de l’y résoudre, et de lui faire avaler la chose du mieux que vous pourrez. Allez-vous-en lui faire faire un petit tour de jardin […] tandis que j’entretiendrai12 ici son père.


MOLIÈRE, Le Médecin malgré lui, acte III, scène 6, 1666.

1. Pouvoir.
2. Reconnaissant.
3. De faire changer la décision.
4. Inutilement.
5. Abondance.
6. Ce traitement.
7. L’amour.
8. Rapidement.
9. Ici : qui guérit.
10. Ici : unité de mesure (un drachme = env. 3,5 g).
11. Mot latin qui signifie « mariage ».
12. Parlerai avec.

On distingue le comique de gestes (coups de bâton, chutes, mimiques, etc.), de mots (jeux de mots, grossièretés, patois, etc.), de situation (personnage qui ignore une chose que le public sait, etc.), de caractère (personnage stupide, jaloux, etc.) et de répétition (situation ou phrase répétée plusieurs fois).


Le Médecin malgré lui


MOLIÈRE

MOLIÈRE

(1622-1673)


MOLIÈRE (1622-1673) est à la fois auteur, comédien, directeur de troupe et metteur en scène. Il rencontre un immense succès grâce à ses comédies, notamment Le Médecin malgré lui, L’Avare, Le Bourgeois gentilhomme ou encore Le Malade imaginaire. Encore aujourd’hui, il est le dramaturge le plus joué en France et le dramaturge français le plus joué à l’étranger. On surnomme parfois la langue française la « langue de Molière ».
Voir les réponses

Questions

COMPÉTENCE - Je comprends et j'interprète une œuvre littéraire

Une guérison miraculeuse

1
a) Quels sentiments Géronte éprouve-t-il pour Sganarelle au tout début de l’extrait ? Pourquoi ? b) Ce sentiment est-il justifié ?



2
En quoi la réaction de Sganarelle au moment où Lucinde se met à parler est-elle comique ? Commentez ce qu’il dit, mais aussi le geste qu’il fait.



Une muette bavarde

3
Montrez que Lucinde semble être particulièrement bien guérie de sa maladie. Pour cela, commentez la longueur et la ponctuation des répliques de Géronte (l. 10 « GÉRONTE. – Mais… » à l. 28 « un homme que je n’aime point. GÉRONTE. – Mais… »



4
a) Que demande Géronte à Sganarelle à ligne 33 (« GÉRONTE. – Ah ! quelle impétuosité de paroles ! Il n’y a pas moyen d’y résister. Monsieur, je vous prie de la faire redevenir muette. ») ? b) Pourquoi cela est-il comique ? c) À quelle autre scène cela peut-il faire penser ?



5
Quelle vision cela donne-t-il de la relation entre les hommes et les femmes ?



6
a) Résumez ce que Lucinde dit à son père dans chacune de ses répliques. b) Pourquoi cela est-il comique ?



Vers le dénouement

7
À la fin de l’extrait, Sganarelle fait appel à quelqu’un pour guérir Lucinde. a) Qui est cette personne selon Géronte ? b) De qui s’agit-il en fait ?



8
a) Quel remède Sganarelle prescrit-il ? b) En prescrivant cela, que suggère-t-il à Léandre et Lucinde ?



9
En quoi la fin de cet extrait annonce-t-elle un dénouement heureux ? Lisez l’œuvre intégrale !



10
L’emploi de ruses, tromperies et autres mensonges dans cette pièce semble-t-il avoir été efficace ? Expliquez.



11
En vous aidant du Repère p. 204 et en citant le texte, indiquez quels types de comique Molière a employés dans cette pièce.



Voir les réponses
Utilisation des cookies
En poursuivant votre navigation sans modifier vos paramètres, vous acceptez l'utilisation des cookies permettant le bon fonctionnement du service.
Pour plus d’informations, cliquez ici.