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Le roman dans son contexte






Texte C
On imaginerait difficilement une telle préoccupation de l’odieux dans le choix du sujet, de l’ignoble et du repoussant dans la peinture des caractères, du matérialisme et de la brutalité dans le style.

Ferdinand Brunetière, Le Roman naturaliste, 1883.

◈ Ressource complémentaire


Auguste Barbier, « La Curée » (1841)


Au lendemain des Trois Glorieuses, le poète Auguste Barbier emploie déjà la métaphore de la curée pour dénoncer les opportunistes qui s'accaparent les résultats et les honneurs de la révolution.

Mais, ô honte ! Paris, si beau dans sa colère,
Paris, si plein de majesté
Dans ce jour de tempête où le vent populaire
Déracina la royauté,
[…]
Paris n'est maintenant qu'une sentine1 impure,
Un égout sordide et boueux,
Où mille noirs courants de limon et d'ordure
Viennent traîner dans leurs flots honteux ;
Un taudis regorgeant de faquins2 sans courage,
D'effrontés coureurs de salons,
Qui vont de porte en porte, et d'étage en étage,
Gueusant3 quelque bout de galons ;
Une halle cynique aux clameurs insolentes,
Où chacun cherche à déchirer
Un misérable coin de guenilles sanglantes
Du pouvoir qui vient d'expirer.

Ainsi, quand désertant sa bauge4 solitaire,
Le sanglier, frappé de mort,
Est là, tout palpitant, étendu sur la terre,
Et sous le soleil qui le mord ;
Lorsque, blanchi de bave et la langue tirée,
Ne bougeant plus en ses liens,
Il meurt, et que la trompe a sonné la curée
À toute la meute des chiens,
Toute la meute, alors, comme une vague immense,
Bondit ; alors chaque mâtin5
Hurle en signe de joie, et prépare d'avance
Ses larges crocs pour le festin.

Auguste Barbier, « La Curée », Iambes et poèmes, 1841.

1. Endroit malpropre et nauséabond.
2. Personnes méprisables et malhonnêtes.
3. Mendiant, demandant l'aumône.
4. Refuge du sanglier.
5. Gros chien de garde.