Texte 1


L'incipit




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Frederick Childe Hassam Défilé de calèches
Frederick Childe Hassam, Défilé de calèches, 1888, huile sur toile, 92 × 49 cm, Haggin Museum, Stockton, États-Unis.

Texte écho
Émile Zola, La Curée (1871)

Le deuxième chapitre s’ouvre curieusement comme un début de roman, mais dans un tout autre style.

Aristide Rougon s’abattit sur Paris, au lendemain du 2 Décembre1, avec ce flair des oiseaux de proie qui sentent de loin les champs de bataille. Il arrivait de Plassans, une sous‑préfecture du Midi […]. Lui, jeune encore, après s’être compromis comme un sot2, sans gloire ni profit, avait dû s’estimer heureux de se tirer sain et sauf de la bagarre. Il accourait, enrageant d’avoir fait fausse route, maudissant la province, parlant de Paris avec des appétits de loup, jurant « qu’il ne serait plus si bête » ; et le sourire aigu dont il accompagnait ces mots prenait une terrible signification sur ses lèvres minces.

Émile Zola, La Curée, chapitre II, 1871.


1. Coup d’État du 2 décembre 1851 par lequel Louis-Napoléon Bonaparte devient un an plus tard Napoléon III.
2. Il avait d’abord soutenu la République.

Ressource complémentaire

Analyse du tableau Promenade du dimanche au bois de Boulogne, réalisée par le musée La Boverie.

Ressource complémentaire


L’incipit


Le roman s’ouvre au bois de Boulogne, aux portes de Paris, à l’heure où les promeneurs rentrent chez eux.

  Au retour, dans l’encombrement des voitures qui rentraient par le bord du lac, la calèche dut marcher au pas. Un moment, l’embarras devint tel, qu’il lui fallut même s’arrêter.
  Le soleil se couchait dans un ciel d’octobre, d’un gris clair, strié à l’horizon de minces nuages. Un dernier rayon, qui tombait des massifs lointains de la cascade, enfilait la chaussée, baignant d’une lumière rousse et pâlie la longue suite des voitures devenues immobiles. Les lueurs d’or, les éclairs vifs que jetaient les roues semblaient s’être fixés le long des rechampis1 jaune paille de la calèche, dont les panneaux gros bleu reflétaient des coins du paysage environnant. […]
  – Tiens, dit Maxime, Laure d’Aurigny, là-bas, dans ce coupé… Vois donc, Renée.
  Renée se souleva légèrement, cligna les yeux, avec cette moue exquise que lui faisait faire la faiblesse de sa vue.
  – Je la croyais en fuite, dit-elle… Elle a changé la couleur de ses cheveux, n’est-ce pas ?
  – Oui, reprit Maxime en riant, son nouvel amant déteste le rouge.
  Renée, penchée en avant, la main appuyée sur la portière basse de la calèche, regardait, éveillée du rêve triste qui, depuis une heure, la tenait silencieuse, allongée au fond de la voiture, comme dans une chaise longue de convalescente.
  […] Elle continuait à cligner les yeux, avec sa mine de garçon impertinent, son front pur traversé d’une grande ride, sa bouche, dont la lèvre supérieure avançait, ainsi que celle des enfants boudeurs. Puis, comme elle voyait mal, elle prit son binocle, un binocle d’homme, à garniture d’écaille, et, le tenant à la main, sans se le poser sur le nez, elle examina la grosse Laure d’Aurigny tout à son aise, d’un air parfaitement calme.
  Les voitures n’avançaient toujours pas. Au milieu des taches unies, de teinte sombre, que faisait la longue file des coupés, fort nombreux au Bois par cet aprèsmidi d’automne, brillaient le coin d’une glace, le mors d’un cheval, la poignée argentée d’une lanterne, les galons d’un laquais haut placé sur son siège. […] Il était peu à peu tombé un grand silence sur tout ce tapage éteint, devenu immobile. On entendait, du fond des voitures, les conversations des piétons. Il y avait des échanges de regards muets, de portières à portières ; et personne ne causait plus, dans cette attente que coupaient seuls les craquements des harnais et le coup de sabot impatient d’un cheval. Au loin, les voix confuses du Bois se mouraient.

Émile Zola, La Curée, chapitre I, 1871.


1. Ornements peints.

Henri Evenepœl Promenade du dimanche au bois de Boulogne
Henri Evenepœl, Promenade du dimanche au bois de Boulogne, 1899, huile sur toile, 191 × 301 cm, La Boverie, Liège, Belgique.

Éclairage

La promenade au bois de Boulogne, aux portes de Paris, était très prisée par l’aristocratie dès le XVIIe siècle, et plus tard par la bourgeoisie fortunée. On peut y patiner l’hiver ou assister à des courses équestres, mais on y va surtout pour être vu. Dans plusieurs romans du XIXe siècle, ce lieu est utilisé comme symbole du « théâtre du monde ».
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