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Texte 3


Confidences entre femmes




Éclairage

Les personnages de Pierre et Julienne, bien que plus complexes que leurs homologues, peuvent être apparentés aux confidents de la tragédie classique qui recueillent les pensées et sentiments des personnages principaux. Ils servent d’une part à interroger les héros et héroïnes pour qu’ils puissent se révéler à eux‑mêmes et aux spectateurs, et d’autre part à les soutenir dans leurs moments de faiblesse.

Éclairage

« Les six personnages […] ont comme figure géométrique et scénique de base le triangle, qui les distribue et les case tous : les trois frères, les trois hommes, les trois femmes, le triangle amoureux Alex - Nathan - Élisa. […] Ainsi, la scène 5, occupée par le triangle féminin, Julienne - Édith - Élisa, pivote entre la banalité du quotidien et la sexualité : thème inconvenant sans doute un tel jour, mais qui permet de saisir les personnalités et les états d’âmes des trois femmes. »


Montserrat Serrano Manes, « Conversations après un enterrement : l’exquise obscénité de Yasmina Reza et sa “stratégie des poireaux” », Studi Francesi, n° 170, 2013.
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L'image

À quel personnage chacune des femmes correspond-elle, selon vous ? Justifiez précisément vos choix.

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Entrer dans le texte

1

En quoi la situation et les échanges de cette scène peuvent-ils rappeler ceux du texte précédent ?


Un bilan

2

Comment la relation entre Édith et son père est-elle présentée ?


3

Que marquent les nombreux points de suspension dans les répliques d’Édith ?


4

Quelle image Édith donne-t-elle d’elle-même ?


Un portrait par comparaisons successives

5

Quelle relation les trois femmes entretiennent-elles ?


6

a. Quel portrait Édith fait-elle de Julienne ?

b. Qu’est-ce que cela révèle du personnage d’Édith ?


7

a. Quels sont les éléments qui rapprochent Élisa et Édith ?

b. Lesquels les éloignent ?


Vers le commentaire

8

Montrez qu’Édith apparaît ici comme un personnage pathétique.


9
GRAMMAIRE

a. Indiquez le temps et le mode de chaque verbe conjugué dans la phrase complexe : « À trente-neuf ans... ...plus coquette peut-être... »

b. Quelle est ici la valeur du système hypothétique ?


ORAL

a. Ajoutez dans la longue réplique d’Édith des didascalies indiquant le ton, le rythme, les déplacements de la comédienne.
b. Apprenez ensuite cette réplique et jouez-la.
Enregistreur audio

Confidences entre femmes

ÉDITH. – Tu sais ce que disait papa : « La chose que tu as le mieux réussie dans ta vie, le seul acte dont tu puisses te glorifier est de ne pas avoir épousé Jean ! »… […]
Elle rit. Julienne et Élisa l’imitent.
ÉDITH. – Papa est mort, il me reste Jean. Et Jean s’en va à Londres… Je suis une vieille pomme desséchée.
Silence.
JULIENNE. – Si vous êtes une vieille pomme desséchée, qu’est-ce que je devrais dire !…
ÉDITH. – Vous avez des enfants, vous avez des petits-enfants, vous avez un mari, une famille… Vous vous maquillez, vous vous habillez…
JULIENNE. – Alors ça, rien ne vous empêche de vous maquiller et de vous habiller !… […]
ÉDITH. – J’ai connu un homme. Une nuit… Mon chef de service, rien au monde de plus banal… Un soir, je l’ai attendu près de sa voiture, je lui ai dit « J’ai envie de rester avec vous cette nuit »… Il a répondu « Toute cette nuit ? » J’ai dit « Oui »… (Un temps.) Je n’étais ni maquillée, ni rien du tout… J’étais comme je suis… […] Nous sommes allés chez lui. Il m’a offert un verre. Il s’est déshabillé et nous nous sommes couchés comme une chose très naturelle… […] J’ai pleuré… Nous sommes restés un moment serrés l’un contre l’autre, et puis il s’est retiré et moi je suis allée me cacher à l’autre bout du lit… Il m’a dit : « Qu’est-ce qu’il y a ? » Il s’est penché, il a mis sa main dans mes cheveux, il a touché ma joue, il m’a dit « Viens »… Il m’a soulevée, et je suis retournée me blottir contre lui… Il m’a dit « Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi tu pleures ? C’est à cause de moi ? » J’aurais voulu dire oui et j’ai dit non, parce que sa question signifiait « Je n’ai pas été comme tu voulais ? » et que justement il avait été, dans le moindre geste, dans toute cette ardeur un peu lasse, exactement ce que je voulais…
Un temps.
ÉLISA. – Tu l’as revu ?
ÉDITH. – Au bureau, oui. Rien d’autre… Il est parti depuis.
Silence.
ÉDITH. – À trente-neuf ans… J’avais trente-neuf ans… Je n’étais pas une amoureuse… Je ne savais rien faire… Si cet homme m’avait regardée, j’aurais pu me rendre plus coquette peut-être…
Un temps.
ÉDITH – l’enterrement, ce matin – ce souvenir m’obsède aujourd’hui –, j’ai imaginé qu’il apparaissait derrière un arbre… Il restait un peu à l’écart et ne me quittait pas des yeux… Toutes les femmes racontent les mêmes histoires. [… À Élisa.] Pourquoi tu es venue ? […] Quand je t’ai vue arriver, j’ai pensé que tu étais folle…
ÉLISA. – Tu le penses toujours ?
ÉDITH. – Oui…
ÉLISA. – Alors pourquoi tu me poses la question ?
ÉDITH. – (à Julienne, qui en dépit de sa gêne et d’une croissante incompréhension s’efforce d’avoir l’air neutre). – Cette femme, ma chère Julienne, a rendu fous mes deux frères.
ÉLISA. – N’exagère pas.
ÉDITH. – Éperdus d’amour, si tu préfères !… Ne fais pas cette tête, je ne suis pas aveugle, tu sais…
ÉLISA. – Tu as tort. J’aimerais que tu aies raison, mais tu as tort… (À Julienne.) Si vous le permettez madame, je vais rétablir la vérité pour vous : j’ai simplement vécu avec Alex, et je suis moi-même « éperdue d’amour » pour Nathan. Voilà… Vous avouerez que c’est assez différent.
Julienne sourit poliment.
ÉDITH. – Tu as été sa maîtresse ?
ÉLISA. – Une nuit…
ÉDITH. – Alex le sait ?
ÉLISA. – Non. Je ne crois pas… Une nuit d’amour et de séparation… (Elle sourit.) La même que toi avec le chef de service…

Yasmina Reza, Conversations après un enterrement, scène 5, 1987 © Éditions Albin Michel.



Gerd Hartung, dessin pour la mise en scène de Conversations après un enterrement par Harald Clemen, Schlosspark-Theater, Berlin, 1988
Gerd Hartung, dessin pour la mise en scène de Conversations après un enterrement par Harald Clemen, Schlosspark-Theater, Berlin, 1988, feutre sur papier, 21 × 29,7 cm, coll. particulière.
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