Chargement de l'audio en cours
Cacher

Cacher la barre d'outils

Plus

Plus


L'ATELIER DE CLIO


L’histoire, au service d’un roman national ?





L'enjeu

Au XIXe siècle, l’histoire se constitue peu à peu comme discipline scientifique autonome. Dans le même temps, elle reçoit un rôle pleinement politique : elle doit servir à faire aimer la nation. Mise au service d’un projet patriotique et national, elle se concentre sur l’exaltation de grandes figures historiques. C’est ce que les historiens contemporains ont appelé le « roman national ».

Le document

FACE AU DOCUMENT

Au XIXe siècle, faire aimer la patrie grâce à l’histoire

Il faut verser dans cette âme la poésie de l’histoire. Contons-lui les Gaulois et les druides, Roland et Godefroi de Bouillon, Jeanne d’Arc et le grand Ferré, Bayard et tous ces héros de l’ancienne France avant de lui parler des héros de la France nouvelle. Puis montrons‑lui cette force des choses qui a conduit notre pays de l’état où la France appartenait au roi à celui où elle appartient aux Français. […] [L’instituteur] leur dira qu’à l’enseignement historique incombe le devoir de faire aimer et de faire comprendre la patrie. Le patriotisme a besoin d’être cultivé […]. L’imagination des élèves charmés par des peintures et par des récits rendra leur raison enfantine plus attentive et plus docile. Tout l’enseignement du devoir patriotique se réduit à ceci : expliquer que les hommes qui, depuis des siècles, vivent sur la terre de France, ont fait, par l’action et par la pensée, une certaine œuvre, à laquelle chaque génération a travaillé ; qu’un lien nous rattache à ceux qui ont vécu, à ceux qui vivront sur cette terre ; que nos ancêtres, c’est nous dans le passé ; que nos descendants, ce sera nous dans l’avenir […]. Enseignement moral et patriotique : là doit aboutir l’enseignement de l’histoire à l’école primaire […]. Pour tout dire, si l’écolier n’emporte pas avec lui le vivant souvenir de nos gloires nationales ; s’il ne sait pas que ses ancêtres ont combattu sur mille champs de bataille pour de nobles causes ; s’il n’a point appris ce qu’il a coûté de sang et d’efforts pour faire l’unité de notre patrie […], s’il ne devient pas un citoyen pénétré de ses devoirs et un soldat qui aime son fusil : l’instituteur aura perdu son temps.


Ernest Lavisse, Questions d’enseignement national, 1885.


Conclusion de son Histoire de France (1913) pour cours élémentaire (7-9 ans) : « La France est un grand pays, pas seulement parce qu’il a de braves soldats pour le défendre, mais aussi parce qu’il a des savants dont les découvertes font du bien aux hommes de tous les pays. Vive la France ! ».

Phrase inscrite sur la couverture de son Histoire de France (1913) pour cours moyen (9-11 ans) :« Enfant, tu dois aimer la France parce que la nature l’a faite belle et que l’histoire l’a faite grande ».

Vasco de Gama
Vasco de Gama, image distribuée dans les boîtes de viande Liebig, début du XXe siècle, 11 x 8 cm.

Clé de lecture

Ernest Lavisse


Ernest Lavisse (1842-1922) est issu de la petite bourgeoisie. Elève brillant, il devient en 1865 professeur d’histoire. De 1884 à 1922, il dirige la publication de plusieurs manuels d’histoire, pour tous les âges, qui connaissent tous un grand succès et lui valent le surnom « d’instituteur national ».

L’œil de l’historienne.

Suzanne Citron

Le statut de l’histoire en France est en effet paradoxal. D’un côté la légende, la mythologie nationale consacrée par l’école, une succession chronologique organisée autour des grands événements et des grands personnages façonnent ce que nous croyons être la trame du passé. De l’autre côté, des travaux, des recherches conduisent, sur des points précis, à de nouvelles perspectives et suscitent un regard distancié et critique sur les précédentes mises en ordre. Une histoire, « nouvelle » ou différente, pose des questions, propose des résultats, […] qui mettent en question la représentation du passé que l’école, depuis un siècle, a transmise aux Français et que l’on nous impose comme notre « mémoire collective ».

[…] L’histoire de France reste, pour la plupart des Français, ce qu’elle était à la fin du siècle dernier : à la fois science et liturgie. Décrivant le passé « vrai », elle a pour fonction et pour définition d’être le récit de la nation : histoire et nationalisme sont indissociables. Au XIXe siècle, la nation devint l’être historique par excellence, autour duquel s’organisa le passé supposé intégral […].

Ce que nous prenons pour « notre » histoire résulte, nous l’avons vu, d’une manipulation du passé par les élites au service ou à l’appui des différents pouvoirs. Une historiographie apologétique1 de l’État et d’un « génie français » hors normes sous-tendait l’imaginaire national construit par la Troisième République. Distanciée aujourd’hui comme « roman national », cette histoire n’en demeure pas moins prescrite dans les programmes du collège, étape décisive de la scolarité obligatoire. Les instructions officielles présentent le découpage traditionnel, qui remonte à 1802, comme une histoire « patrimoniale », qui serait tout à la fois mémoire collective, mémoire nationale, mémoire partagée. Ce qui est faux, puisque le récit de la France Gaule méconnaît l’histoire des trois quarts des Français, qu’ils soient corses, alsaciens, juifs ou arabes, petits-enfants d’immigrés et/ou d’anciens colonisés… […] La culture républicaine, façonnée avant 1914, dont ce livre a voulu montrer les contradictions, est aujourd’hui obsolète. Les Français du XXIe siècle ont à inventer une francité nouvelle, plurielle, métissée, généreuse, ouverte sur l’avenir.


Suzanne Citron (1922-2018), Le Mythe national. L’histoire de France revisitée, publié en 1987, réédité de nombreuses fois depuis.
1. Qui fait l’éloge

MÉTHODE

1. Au XIXe siècle, même si l’histoire s’affirme peu à peu comme une discipline scientifique, la dimension de récit reste fondamentale : il faut avant tout raconter une belle histoire.

Ernest Lavisse écrit ainsi qu’il faut « conter » l’histoire aux élèves. L'instituteur doit s'appuyer sur l'imagination des élèves et l'histoire elle-même est pensée par Lavisse comme une « poésie ».


2. Ce récit s’appuie sur de grandes figures historiques, dont on fait l’éloge et qu’on célèbre comme de véritables trésors nationaux.

Ernest Lavisse mentionne ainsi plusieurs personnages célèbres du Moyen Âge.


3. Le but est d’exalter le sentiment d’une histoire continue. Les hommes et les femmes du passé deviennent avant tout des ancêtres, appartenant à la même famille.

Ernest Lavisse écrit très clairement que « nos ancêtres, c’est nous dans le passé ».


4. Depuis les années 1930, historiens et historiennes cherchent à déconstruire ce roman national en proposant des récits plus complexes.

Suzanne Citron rappelle ainsi que dire « nos ancêtres les Gaulois » revient à ôter de l’histoire « les trois quarts des Français ».

Questions

Voir les réponses
1. Selon Ernest Lavisse, quel est l’objectif principal d’un cours d’histoire ?

2. Pourquoi Suzanne Citron qualifie-t-elle l’histoire rédigée sous la IIIe République de « mythologie nationale » ?

3. Pour Suzanne Citron, y a-t-il une « véritable » histoire ? Pourquoi ?

4. Quels sont les objectifs de l’histoire aujourd’hui selon Suzane Citron ? Les programmes scolaires les reflètent‑ils ?
Connectez-vous pour ajouter des favoris

Pour pouvoir ajouter ou retrouver des favoris, nous devons les lier à votre compte.Et c’est gratuit !

Livre du professeur

Pour pouvoir consulter le livre du professeur, vous devez être connecté avec un compte professeur et avoir validé votre adresse email académique.

Votre avis nous intéresse !
Recommanderiez-vous notre site web à un(e) collègue ?

Peu probable
Très probable

Cliquez sur le score que vous voulez donner.

Dites-nous qui vous êtes !

Pour assurer la meilleure qualité de service, nous avons besoin de vous connaître !
Cliquez sur l'un des choix ci-dessus qui vous correspond le mieux.

Nous envoyer un message




Nous contacter?