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Peut-on se passer de l’hypothèse de l’inconscient ?
P.54-57

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Réflexion 2


Peut-on se passer de l’hypothèse de l’inconscient ?





TEXTE FONDATEUR

XXe siècle

Sigmund Freud

Freud

Retrouvez ici sa biographie.

Texte 5
L’idée d’inconscient permet de mieux nous connaître
◉ ◉ 

La théorie freudienne de l’inconscient a rencontré de nombreux opposants parmi les médecins, philosophes, et auprès de l’opinion publique. Freud défend ici l’hypothèse d’un inconscient, conçu comme une force dynamique qui a une influence sur nos conduites. Cette hypothèse lui semble nécessaire pour comprendre l’origine de la plupart de nos pensées et légitime car elle permet de soigner.

 On nous conteste de tous côtés le droit d’admettre un psychique inconscient et de travailler scientifiquement avec cette hypothèse. Nous pouvons répondre à cela que l’hypothèse de l’inconscient est nécessaire et légitime, et que nous possédons de multiples preuves de l’existence de l’inconscient. Elle est nécessaire, parce que les données de la conscience sont extrêmement lacunairesa ; aussi bien chez l’homme sain que chez le malade, il se produit fréquemment des actes psychiques qui, pour être expliqués, présupposent d’autres actes qui, eux, ne bénéficient pas du témoignage de la conscience. Ces actes ne sont pas seulement les actes manqués et les rêves, chez l’homme sain, et tout ce qu’on appelle symptômes psychiques et phénomènes compulsionnels chez le maladeb ; notre expérience quotidienne la plus personnelle nous met en présence d’idées qui nous viennent sans que nous en connaissions l’origine, et de résultats de pensée dont l’élaboration nous est demeurée cachée. Tous ces actes conscients demeurent incohérents et incompréhensibles si nous nous obstinons à prétendre qu’il faut bien percevoir par la conscience tout ce qui se passe en nous en fait d’actes psychiques ; mais ils s’ordonnent dans un ensemble dont on peut montrer la cohérence, si nous interpolonsc les actes inconscients inférés. Or, nous trouvons dans ce gain de sens et de cohérence une raison, pleinement justifiée, d’aller au‑delà de l’expérience immédiate. Et s’il s’avère de plus que nous pouvons fonder sur l’hypothèse de l’inconscient une pratique couronnée de succès, par laquelle nous influençons, conformément à un but donné, le cours des processus conscients, nous aurons acquis, avec ce succès, une preuve incontestable de l’existence de ce dont nous avons fait l’hypothèse. […]

 On peut aller plus loin et avancer, pour étayer la thèse d’un état psychique inconscient, que la conscience ne comporte à chaque moment qu’un contenu minime si bien que, mis à part celui‑ci, la plus grande partie de ce que nous nommons connaissance consciente se trouve nécessairement, pendant les plus longues périodes, en état de latenced, donc dans un état d’inconscience psychique. Si l’on tenait compte de l’existence de tous nos souvenirs latents, il deviendrait parfaitement inconcevable de contester l’inconscient. Nous nous heurtons alors à l’objection selon laquelle ces souvenirs latents ne devraient plus être qualifiés de psychiques mais correspondraient aux restes de processus somatiques, dont le psychique pourrait ressurgire. Il n’est pas difficile de rétorquer qu’au contraire le souvenir latent est, indubitablement, le reste d’un processus psychique.

 Mais il importe davantage de bien se rendre compte que l’objection repose sur l’assimilation non exprimée, mais posée d’emblée, entre le conscient et le psychique. Cette assimilation est ou bien une petitio principii qui ne permet plus de se demander si tout psychique doit aussi être conscient, ou bien une affaire de convention, de terminologie. Sous cette dernière forme, elle est naturellement, comme toute convention, irréfutable.f La question demeure néanmoins ouverte de savoir si elle se révèle suffisamment utilisable pour que l’on doive s’y rallier. On est en droit de répondre que l’assimilation conventionnelle du psychique et du conscient n’est absolument pas utilisable. Elle brise les continuités psychiques, nous précipite dans les difficultés insolubles du parallélisme psycho‑physique, prête le flanc au reproche de surestimer, sans fondement évident, le rôle de la conscience et nous contraint à abandonner prématurément le domaine de la recherche psychologique, sans pouvoir nous apporter de dédommagements tirés d’autres domaines. […]

 Le refus obstiné d’accorder un caractère psychique aux actes psychiques latents s’explique par le fait que la plupart des phénomènes considérés n’ont pas été un objet d’étude en dehors de la psychanalyse. Celui qui ne connaît pas les faits pathologiques, qui se borne à tenir les actes manqués des hommes normaux pour des hasards et se contente de la vieille sagesse selon laquelle tout songe est mensonge, celui-là n’a plus besoin que de négliger encore quelques énigmes de la psychologie de la conscience pour s’épargner l’hypothèse d’une activité psychique inconsciente.

Sigmund Freud, Métapsychologie, 1915, trad J. Laplanche, J.-B. Pontalis, © Éditions Gallimard, 1968.

Aide à la lecture

a.
L’adjectif « lacunaires » renvoie à l’idée que des éléments échappent à la conscience.
b. Les malades traités par Freud présentent des symptômes variés, notamment des gestes répétitifs qui semblent involontaires et commandés par une pulsion.
c. Interpoler signifie qu’on intercale un troisième élément entre deux données connues, afin de rendre l’ensemble continu.
d. La latence est ce qui est présent, mais qui ne se manifeste pas pour le moment.
e. Il s’agit de processus corporels, issus d’un fonctionnement purement matériel du cerveau.
f. Pour envisager l’existence d’un état psychique inconscient, il ne faut pas affirmer d’emblée que le psychisme est seulement composé de la conscience. Ce serait une faute logique, nommée « pétition de principe », qui consiste à affirmer d’abord ce que l’on devrait démontrer ensuite.

► Repères

  • Hypothèse / Conséquence / Conclusion p. 65
  • Médiat / Immédiat p. 65

1ère topique de Freud


Que l’auteur déclare‑t‑il ?







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Question

Peut-on nier l’existence d’un inconscient psychique ?
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Texte complémentaire

Une censure de mauvaise foi

 Peut-on concevoir un savoir qui serait ignorance de soi ? Savoir, c’est savoir qu’on sait, disait Alain. Disons plutôt : tout savoir est conscience de savoir. […] Mais de quel type peut être la conscience (de) soi de la censure ? Il faut qu’elle soit conscience (d’)être conscience de la tendance à refouler, mais précisément pour n’en être pas conscience. Qu’est‑ce à dire sinon que la censure doit être de mauvaise foi ? […] La psychanalyse ne nous a rien fait gagner puisque, pour supprimer la mauvaise foi, elle a établi entre l’inconscient et la conscience une conscience autonome et de mauvaise foi. […] L’essence même de l’idée réflexive de « se dissimuler » quelque chose, implique l’unité d’un même psychisme et par conséquent une double activité au sein de l’unité, tendant d’une part à maintenir et à repérer la chose à cacher et d’autre part à la repousser et à la voiler. […]

 Comment la tendance refoulée peut‑elle « se déguiser » si elle n’enveloppe pas : 1° la conscience d’être refoulée, 2° la conscience d’avoir été repoussée parce qu’elle est ce qu’elle est, 3° un projet de déguisement ?

Jean-Paul Sartre, L’être et le néant, © Éditions Gallimard, 1943.

XXe siècle

Henri Bergson

Bergson

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Texte 6
La conscience n’existe qu’au présent
◉ ◉ 

Sans reprendre à son compte l’inconscient freudien, Bergson considère que la conscience ne peut définir notre psychisme à elle seule. Ce dont nous n’avons pas conscience présentement n’a pas pour autant disparu.

 Notre répugnance à concevoir des états psychologiques inconscients vient surtout de ce que nous tenons la conscience pour la propriété essentielle des états psychologiques, de sorte qu’un état psychologique ne pourrait cesser d’être conscient, semble‑t‑il, sans cesser d’exister. Mais si la conscience n’est que la marque caractéristique du présent, c’est‑à‑dire de l’actuellement vécu, c’est‑à‑dire enfin de l’agissanta, alors ce qui n’agit pas pourra cesser d’appartenir à la conscience sans cesser nécessairement d’exister en quelque manière. En d’autres termes, dans le domaine psychologique, conscience ne serait pas synonyme d’existence mais seulement d’action réelle ou d’efficacité immédiate, et l’extension de ce terme se trouvant ainsi limitée, on aurait moins de peine à se représenter un état psychologique inconscient, c’est‑à‑dire, en somme, impuissant.

Henri Bergson, Matière et mémoire, 1896.

Aide à la lecture

a.
Bergson considère que le présent est un vécu sensori‑moteur permettant l’action. Il précise dans Matière et mémoire « mon présent consiste dans un système combiné de sensations et de mouvements. »

Question

Pourquoi un état psychologique inconscient est-il impuissant ?
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XXe siècle

Ludwig Wittgenstein

Wittgenstein

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Texte 7
La psychanalyse confond cause et raison
 ◉ ◉

Si Wittgenstein admirait Freud, il n’en était pas moins critique envers la psychanalyse envisagée comme science. Selon lui, cette discipline confond la raison (qui est subjective) et la cause (qui est objective).

 Je désire examiner en quoi la théorie de Freud est une hypothèse et en quoi elle ne l’est pas. La partie hypothétique de sa théorie, l’inconscient, est la partie qui n’est pas satisfaisante. […] Lorsque nous rions sans savoir pourquoi, Freud prétend qu’il peut trouver la réponse par la psychanalyse. Je vois ici une confusion entre une cause et une raison. Être au clair sur la raison pour laquelle vous riez n’est pas être au clair sur une cause. Si c’était le cas, alors l’accord avec l’analyse donnée du mot d’esprit comme expliquant pourquoi vous riez ne serait pas un moyen de la détecter. Le succès de l’analyse est supposé être révélé par l’accord de la personne. Il n’y a rien qui corresponde à cela en physique. […] La différence entre une raison et une cause peut être explicitée de la façon suivante : la recherche d’une raison entraîne comme une partie essentielle l’accord de l’intéressé avec elle, alors que la recherche d’une cause est menée expérimentalement.

Ludwig Wittgenstein, Les cours de Cambridge, 1932-1935, Éditions T.E.R., 1998.

Question

Doit‑on toujours distinguer cause et raison ?
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Focus

La psychanalyse est-elle une science ?

Poser l’existence d’un inconscient psychique est légitimé par le fait qu’analystes et patients obtiennent des résultats cliniques dans la réalité en se soumettant à cette causalité (les mécanismes inconscients). Comme l’exprime le psychanalyste Guénaël Visentini dans Pourquoi la psychanalyse est une science : « Les symptômes se lèvent, le corps et sa vie psychique se modifient. A contrario, les causalités médicales ne permettent, ni de penser les paralysies hystériques, ni de les soigner […] ; l’approche physico‑chimique directe (psychotropes), quant à elle, ne permet pas de s’adapter aux complexités de la réalité psychique ; enfin, les opérations chirurgicales sont non avenues, puisque rien dans le cerveau des hystériques n’est lésé. […] L’outil le plus fin est encore la parole, puisque mobilisant des représentations par association d’idées, elle permet d’atteindre les affects qui leur sont liés. »

Pourtant, cela ne signifie pas que le concept d’inconscient soit scientifique car il lui manque un critère essentiel des sciences de la nature : la falsifiabilité. Cette qualité, définie par l’épistémologue Karl Popper, consiste à trouver, pour une théorie qui prétend être scientifique, une expérience qui éventuellement pourrait l’invalider.

Or la psychanalyse ne peut pas fournir un processus expérimental de validation de l’inconscient ; elle a, au mieux, « cette ambition de la science : trouver les modes de fonctionnement généraux du psychisme humain, permettant de proposer une thérapeutique psychique des troubles singuliers. » (ibid.)

Il reste qu’admettre l’explication psychanalytique permet de rendre la parole thérapeutique, particulièrement dans le cas des névroses.

XXe siècle

Paul Ricœur

Ricœur

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Texte 8
La psychanalyse est une science interprétative
◉ ◉ 

La psychanalyse n’est pas une science au sens strict, mais elle permet d’interpréter. Autrement dit, elle donne du sens à des histoires singulières.

 La psychanalyse n’est pas une branche des sciences de la nature ; et c’est pourquoi sa technique n’est pas non plus une science naturelle appliquée ; c’est pourquoi enfin elle n’est pas une branche de la technique comprise comme domination de la nature. […] À proprement parler, il n’y a pas en psychanalyse de « faits », au sens des sciences expérimentales. C’est pourquoi sa théorie n’est pas une théorie, au sens où le serait par exemple la théorie cinétique des gaz ou la théorie de gènes en biologie.a

 […] Il n’y a ni « faits », ni observation de « faits » en psychanalyse, mais l’interprétationb d’une « histoire » ; même les faits observés du dehors et rapportés au cours de l’analyse ne valent pas en tant que faits, mais en tant qu’expression des changements de sens survenus dans cette histoire. Les changements de conduites ne valent pas comme « observables », mais comme « signifiants » pour l’histoire du désir.

Paul Ricœur, Le conflit des interprétations, © Éditions du Seuil, 1969.

Aide à la lecture

a.
Ricœur cite ici des théories que l’on peut vérifier ou invalider de manière expérimentale.
b. On interprète lorsque l’on donne un sens qui relie des événements, des faits.

Question

Quelle différence y a-t-il entre « faits » et « expression » d’une histoire ?
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Activité

En vous appuyant sur le texte 6 (⇧), le texte 7 (⇧) et le texte 8 (⇧), énoncez les définitions contrastées que reçoit l’hypothèse de l’inconscient, et cherchez un exemple pour illustrer chacune d’elles.
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