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Shutter Island, film de Martin Scorsese
P.62-63

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L’art du détour


Que nous dit le psychotique de l’inconscient ?





Il convient de distinguer deux types de maladies mentales : la névrose et la psychose. Si la première est une souffrance liée à l’insatisfaction que la réalité impose au principe de plaisir, la seconde est un mécanisme de défense qui substitue au réel une fiction consolante ; dès lors, le psychotique semble sombrer dans la folie.

L’hypothèse de l’inconscient nous permet cependant de comprendre comment le Moi se protège de la souffrance. Dans le film Shutter Island, comme dans le roman Le journal d’un fou, on assiste à l’émergence et à la progression de la démence. Cependant, le fou, rejeté hors du réel, n’est peut‑être qu’en situation de défense face à une réalité oppressante. Comme le dit l’écrivain anglais G. K. Chesterton : le fou est celui qui a tout perdu, sauf la raison. »

 Non, je n’ai plus la force d’endurer cela ! Mon Dieu ! Que font-ils de moi ! Ils me versent de l’eau froide sur la tête. Ils ne m’écoutent pas, ne me voient pas, ne m’entendent pas. Que leur ai‑je fait ? Pourquoi me tourmentent-ils ? Que veulent-ils de moi, malheureux ? Que puis‑je leur donner ? Je n’ai rien.
 Je suis à bout, je ne peux plus supporter leurs tortures ; ma tête brûle, et tout tourne devant moi. Sauvez‑moi ! Emmenez‑moi ! Donnez-moi une troïka de coursiers rapides comme la bourrasque ! Monte en selle, postillon, tinte, ma clochette ! Coursiers, foncez vers les nues et emportez‑moi loin de ce monde ! Plus loin, plus loin, qu’on ne voie rien, plus rien. Là‑bas, le ciel tournoie devant mes yeux : une petite étoile scintille dans les profondeurs ; une forêt vogue avec ses arbres sombres, accompagnée de la lune ; un brouillard gris s’étire sous mes pieds ; une corde résonne dans le brouillard ; d’un côté la mer, de l’autre l’Italie ; tout là-bas, on distingue même les isbas russes. Est‑ce ma maison, cette tache bleue dans le lointain ? Est-ce ma mère qui est assise devant la fenêtre, Maman ! Sauve ton malheureux fils ! Laisse tomber une petite larme sur sa tête douloureuse ! Regarde comme on le tourmente ! Serre le pauvre orphelin contre ta poitrine ! Il n’a pas sa place sur la terre ! On le pourchasse ! Maman ! Prends en pitié ton petit enfant malade !... Hé, savez‑vous que le dey d’Alger a une verrue juste en dessous du nez ?

Gogol, Le journal d’un fou, 1834, trad. S. Luneau, © Éditions Gallimard, 1997.

Shutter Island, Martin Scorsese, 2010

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Un agent du FBI, le Marshal Teddy Daniels, accompagné de son coéquipier Chuck, enquête dans un hôpital psychiatrique situé sur Shutter Island où sont enfermés de dangereux criminels. Une patiente, Rachel Solando, s’en est échappée et ils sont chargés de la retrouver.

Toutefois, l’apparente enquête est une mise en scène. Les psychiatres de cet hôpital tentent de soigner le Marshal Teddy Daniels de sa propre psychose en organisant un jeu de rôles. Beaucoup de provocations et d’allusions à son histoire sont ainsi faites, afin de le faire réagir et accepter ce qui a eu lieu dans sa vie passée. Au fur et à mesure de son enquête, Teddy Daniels semble découvrir des vérités sur l’île mais aussi sur lui-même, qui exigent qu’il puisse faire face à sa terreur.

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Le héros, Teddy Daniels, mène son enquête sans montrer le moindre signe de démence. Pourtant, au fur et à mesure du film, nous allons découvrir qu’il est en réalité un malade psychotique. Sa maladie semble ne pas affecter son intelligence.

Le psychotique souffre-t-il d’une déficience mentale ou d’un rapport déficient à la réalité ?
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Rachel Solando, une patiente, a été internée car elle a noyé ses trois enfants. Cependant, elle refuse d’admettre que ces derniers sont morts. Son discours est cohérent, mais la vérité ne s’impose jamais à elle.

Pourquoi la psychose peut-elle être considérée comme un mécanisme de défense ?
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En parallèle, le film nous montre que Teddy Daniels souffre d’hallucinations : sa participation à la libération du camp de Dachau, la mort de sa femme, etc.

Que nous disent ces hallucinations de l’inconscient de Teddy Daniels ?
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Le début du film n’est pas le début de l’histoire. Il s’agit d’un effet volontaire pour ménager l’intrigue et l’interrogation, mais aussi pour souligner le fait que la frontière entre la normalité et la pathologie est relative. Freud montre lui aussi qu’il est parfois difficile de les séparer.

L’hypothèse de l’inconscient nous permet-elle de comprendre l’anormalité ?
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Tout ce à quoi nous avons assisté n’est qu’un jeu de rôles pour éviter la lobotomie à un patient et l’aider à sortir de son monde fictif mais parfaitement cohérent.

En quoi la psychanalyse peut-elle nous aider à faire face à nous-même ?
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À la fin du film, Andrew Laeddis est placé devant les photographies de ses enfants qui ont été noyés. Il semble prendre conscience de son histoire mais finit par demander : « est-il préférable de mourir en homme de bien ou de vivre en monstre ? » A-t-il enfin accepté la vérité sur lui-même ou se croit-il victime d’une machination ?

L’hypothèse de l’inconscient peut-elle permettre d’expliquer les psychoses ?
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