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Qui peut gouverner ?
P.292-293

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Réflexion 3


Qui peut gouverner ?





Antiquité

Aristote

Aristote

Retrouvez ici sa biographie.

Texte 12
Les deux aptitudes politiques
 ◉ ◉

Le pouvoir est une charge, non un privilège. Il faut avoir été soumis à l’obéissance pour le comprendre, et commander sans abuser de son commandement.

 Il existe un certain pouvoir en vertu duquel on commande à des gens du même genre que soi, c’est‑à‑dire libres. Celui-là nous l’appelons le pouvoir politique ; le gouvernant l’apprend lui‑même en étant gouverné, comme on apprend à commander la cavalerie en obéissant dans la cavalerie, à commander dans l’armée en obéissant dans l’armée, de même pour une brigade ou bataillon ; c’est pourquoi l’on dit, et à juste titre, qu’on ne commande pas bien si on n’a pas bien obéi. Ces deux statuts de gouvernant et de gouverné ont des excellences différentes, mais le bon citoyen doit savoir et pouvoir obéir et commander, et l’excellence propre d’un citoyen c’est de connaître le gouvernement des hommes libres dans ces deux sens. Et c’est aussi l’excellence de l’homme de bien que d’avoir ces deux aptitudes.

Aristote, Les politiques, IVe s. av. J.-C., trad. P. Pellegrin, © avec l’aimable autorisation de Flammarion, 2015.

Question

Pourquoi obéir prédispose‑t‑il à l’exercice du pouvoir selon Aristote ?
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XIXe siècle

Auguste Comte

Comte

Retrouvez ici sa biographie.

Texte 13
Il existe un savoir politique
◉ ◉ 

Gouverner et administrer la société requiert des connaissances, mais ni les responsables politiques ni le peuple n’en sont les seuls détenteurs.

 Les gouvernants voudraient faire admettre la maxime qu’eux seuls sont susceptibles de voir juste en politique, et que par conséquent il n’appartient qu’à eux d’avoir une opinion à ce sujet. Ils ont bien leurs raisons pour parler ainsi, et les gouvernés ont aussi les leurs, qui sont précisément les mêmes, pour refuser d’admettre ce principe, qui, effectivement considéré en lui‑même, et sans aucun préjugé, soit de gouvernant, soit de gouverné, est tout à fait absurdea. Car les gouvernants sont, au contraire, par leur position, même en les supposant honnêtes, les plus incapables d’avoir une opinion juste et élevée sur la politique générale ; puisque plus on est enfoncé dans la pratique, moins on doit voir juste sur la théorie. Une condition capitale pour un publiciste1 qui veut se faire des idées politiques larges, est de s’abstenir rigoureusement de tout emploi ou fonction publique : comment pourrait‑il être à la fois acteur et spectateur ?

Auguste Comte, Opuscules de philosophie sociale, 1819.

Aide à la lecture

a.
La raison des gouvernants est qu’ils ont l’expérience du métier de politicien ; et la raison du peuple est qu’il a la connaissance des conséquences des décisions politiques sur le terrain. Ils ont donc la même raison : ils s’estiment les seuls compétents.

Note de bas de page

1.
Personne qui écrit sur la vie politique.

Question

Peut‑on être acteur et juge de la politique ?
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XIXe siècle

Émile Durkheim

Durkheim

Retrouvez ici sa biographie.

Texte 14
L’équilibre de l’État exige des contre‑pouvoirs
 ◉ ◉

L’État est un facteur de libération mais, pour qu’il ne devienne pas oppresseur à son tour, il est nécessaire d’instaurer des corps intermédiaires (syndicats, associations, ONG, etc.).

 On considère l’État comme l’antagoniste de l’individu et il semble que le premier ne puisse se développer qu’au détriment du second. La vérité, c’est que l’État a été bien plutôt le libérateur de l’individu. C’est l’État qui, à mesure qu’il a pris de la force, a affranchi l’individu des groupes particuliers et locaux qui tendaient à l’absorber : famille, cité, corporation, etc. L’individualisme a marché dans l’histoire du même pas que l’étatismea. Non pas que l’État ne puisse devenir despotique et oppresseur. Comme toutes les forces de la nature, s’il n’est limité par aucune puissance collective qui le contienne, il se développera sans mesure et deviendra à son tour une menace pour les libertés individuelles. D’où il suit que la force sociale qui est en lui doit être neutralisée par d’autres forces sociales qui lui fassent contrepoids. […] Le moyen d’arriver à ce résultat, c’est qu’il y ait dans la société, en dehors de l’État, quoique soumis à son influence, des groupes plus restreints (territoriaux ou professionnels, il n’importe pour l’instant) mais fortement constitués et doués d’une individualité et d’une autonomie suffisante pour pouvoir s’opposer aux empiétements du pouvoir central. Ce qui libère l’individu, ce n’est pas la suppression de tout centre régulateur, c’est leur multiplication, pourvu que ces centres multiples soient coordonnés et subordonnés les uns aux autres.

Émile Durkheim, De la division du travail social, 1893.

Aide à la lecture

a.
En imposant son autorité sans partage, l’État a libéré l’individu de tous les autres systèmes de contraintes. Cependant, il peut lui‑même devenir une menace s’il n’est pas limité.

► Repères


Manifestation pacifiste à Bâton-Rouge aux États-Unis, photographie de Jonathan Bachman prise le 9 juillet 2016.

Question

Quels rôles jouent les contre‑pouvoirs ? Pourquoi sont‑ils nécessaires ?
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Activité

En vous inspirant du texte 12 (⇧), du texte 13 (⇧) et du texte 14 (⇧), répondez à la question suivante : la politique est-elle une affaire d’experts ?
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