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Que désire-t-on quand on désire être heureux ?
P.394-397

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Réflexion 1


Que désire-t-on quand on désire être heureux ?





XVIIe siècle

Baruch Spinoza

Spinoza

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Texte 1
La félicité : aimer une chose impérissable
 ◉ ◉

Le bonheur consiste à passer de l’amour des choses périssables qui déçoivent (l’argent, la gloire) à l’amour d’une chose impérissable.

 Toute notre félicité et notre misère ne résident qu’en un seul point : à quelle sorte d’objet sommes‑nous attachés par l’amour ? Pour un objet qui n’est pas aimé, il ne naîtra point de querelle ; nous serons sans tristesse s’il vient à périr, sans envie s’il tombe en la possession d’un autre ; sans crainte, sans haine et, pour le dire d’un mot, sans trouble de l’âme ; toutes ces passions sont, au contraire, notre partage quand nous aimons des choses périssables, comme toutes celles dont nous venons de parler. Mais l’amour allant à une chose éternelle et infinie repaît l’âme d’une joie pure, d’une joie exempte de toute tristessea ; bien grandement désirable et méritant qu’on le cherche de toutes ses forces. Ce n’est pas sans raison toutefois que j’ai écrit ces mots : si seulement je pouvais réfléchir sérieusement. Si clairement en effet que mon esprit perçût ce qui précède, je ne pouvais encore me détacher entièrement des biens matériels, des plaisirs et de la gloire.

Baruch Spinoza, Traité de la réforme de l’entendement, 1677, trad. C. Appuhn.

Aide à la lecture

a.
Peut-on se résoudre à aimer ? Si l’on répond positivement, on peut trouver le bonheur dans la résolution de n’aimer qu’une chose éternelle et infinie.

Question

Suffit‑il de savoir ce qui fait notre bonheur pour y conformer notre action ?
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TEXTE FONDATEUR

XVIIe siècle

René Descartes

Descartes

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Texte 2
Le bonheur des « grandes âmes »
◉ ◉ 

Dans ce passage, Descartes distingue deux sortes d’êtres humains – les « plus grandes âmes » et « celles du commun » – qui ne sont pas heureux de la même manière.

 [L]a différence qui est entre les plus grandes âmes et celles qui sont basses et vulgaires, consiste, principalement, en ce que les âmes vulgaires se laissent aller à leurs passions, et ne sont heureuses ou malheureuses, que selon que les choses qui leur surviennent sont agréables ou déplaisantes ; au lieu que les autres ont des raisonnements si forts et si puissants que, bien qu’elles aient aussi des passions, et même souvent de plus violentes que celles du commun, leur raison demeure néanmoins toujours la maîtressea, et fait que les afflictions1 même leur servent, et contribuent à la parfaite félicité dont elles jouissent dès cette vie. […] Et comme les histoires tristes et lamentables, que nous voyons représenter sur un théâtre, nous donnent souvent autant de récréation que les gaies, bien qu’elles tirent des larmes de nos yeux ; ainsi ces plus grandes âmes, dont je parle, ont de la satisfaction, en elles‑mêmes, de toutes les choses qui leur arrivent, même des plus fâcheuses et insupportables. Ainsi, ressentant de la douleur en leur corps, elles s’exercent à la supporter patiemment, et cette épreuve qu’elles font de leur force, leur est agréable ; ainsi, voyant leurs amis en quelque grande affliction, elles compatissent à leur mal, et font tout leur possible pour les en délivrer, et ne craignent pas même de s’exposer à la mort pour ce sujet, s’il en est besoin. Mais, cependant, le témoignage que leur donne leur conscience, de ce qu’elles s’acquittent en cela de leur devoir, et font une action louable et vertueuse, les rend plus heureuses, que toute la tristesse, que leur donne la compassion, ne les afflige.

René Descartes, Lettre à Élisabeth, 1645.

Aide à la lecture

a.
Descartes distingue ici l’action et la passion. Les âmes communes qui « se laissent aller à leurs passions » sont donc passives à leur égard. Les « grandes âmes », qui ont elles aussi des passions, sont actives grâce à la raison. Leur bonheur n’est donc pas entièrement dépendant de leurs passions.

Note de bas de page

1.
Souffrances causées par des événements négatifs.

Question

En quoi consiste précisément le bonheur des « grandes âmes » ?
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XXe siècle

Alain

Alain


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Texte 3
Le bonheur est dans la conquête
◉ ◉ 

Alain explique que le bonheur n’a pas besoin d’un objet de plaisir précis, car il s’agit de transformer en occasion de bonheur tout ce que nous pouvons rencontrer.

 Remarquez que les plaisirs n’ont guère de prise sur nous si nous ne nous disposons pas à les goûter. Même dans les plaisirs de la table, qui doivent peu à l’esprit, il faut pourtant apporter une attention bienveillante. Encore bien plus évidemment, quand il s’agit des plaisirs de l’esprit, il faut vouloir les conquérir, et il serait vain de les attendre. Nul ne dira au jeu d’échecs : « Amuse‑moi. » C’est par une volonté suivie, exercée, entraînée, que l’on fera son plaisir. Même jouer aux cartes suppose la volonté de s’y plaire. En sorte qu’on pourrait dire que rien au monde ne plaît de soi. Il faut prendre beaucoup de peine pour se plaire à la géométrie, au dessin, à la musique. Et cette liaison de la peine au plaisir se voit bien clairement dans les jeux violents. Il est étrange que les coureurs, lutteurs et boxeurs trouvent du plaisir à toute cette peine qu’ils se donnent ; et cela est pourtant hors de doute. Si l’on réfléchit assez sur ce paradoxe de l’homme, on ne se représentera nullement l’homme heureux comme celui à qui tous les bonheurs sont apportés ; mais au contraire on le pensera debout, en action et en conquête, et faisant bonheur d’une puissance exercée. En ce sens, ceux qui traitent du bonheur n’ont pas tort de mépriser le plaisir, qui en effet bien promptement rassasie et dégoûte, s’il n’est relevé par une vue supérieure de l’esprit. Je dis le même plaisir ; et, par exemple un bon repas est beaucoup relevé par les joies de l’amitié. Cet exemple en fera comprendre d’autres, bien plus importants, mais qui ne se prêtent point à une analyse publique. Je conclus que les plaisirs ont grand besoin de bonheur. Le bonheur en revanche semble n’avoir pas tant besoin de plaisirs, car il les fait et les compose de n’importe quels matériaux.

Alain, Minerve ou de la sagesse, 1939, © Flammarion, 1992.

Question

Selon Alain, à quoi tient notre bonheur ?
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Activité

En synthétisant dans un tableau les thèses et les exemples du texte 1 (⇧), du texte 2 (⇧) et du texte 3 (⇧), organisez un plan pour répondre au sujet : savons‑nous ce qui nous rend heureux ?

Texte 1 Texte 2 Texte 3
Thèses
Thèses
Thèses
Exemples
Exemples
Exemples
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Antiquité

Épicure

Épicure

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Texte 4
Quel rôle le plaisir joue-t-il dans le bonheur ?
◉ ◉ 

Épicure donne à son disciple et ami Ménécée une série de préceptes à suivre pour atteindre le bonheur. Le plaisir y joue un rôle moins important qu’on ne le croit souvent chez ce philosophe.

Une théorie1 non erronée des désirs doit rapporter tout choix et toute aversion à la santé du corps et à l’ataraxie de l’âmea, puisque c’est là la perfection même de la vie heureuse. Car nous faisons tout afin d’éviter la douleur physique et le trouble de l’âme. Lorsqu’une fois nous y avons réussi, toute l’agitation de l’âme tombe, l’être vivant n’ayant plus à s’acheminer vers quelque chose qui lui manque, ni à chercher autre chose pour parfaire le bien‑être de l’âme et celui du corps. Nous n’avons en effet besoin du plaisir que quand, par suite de son absence, nous éprouvons de la douleur ; et quand nous n’éprouvons pas de douleur nous n’avons plus besoin du plaisir. C’est pourquoi nous disons que le plaisir est le commencement et la fin de la vie heureuse. En effet, d’une part, le plaisir est reconnu par nous comme le bien primitif et conforme à notre nature, et c’est de lui que nous partons pour déterminer ce qu’il faut choisir et ce qu’il faut éviter ; d’autre part, c’est toujours à lui que nous aboutissons, puisque ce sont nos affections qui nous servent de règle pour mesurer et apprécier tout bien quelconque, si complexe qu’il soit. Mais, précisément parce que le plaisir est le bien primitif et conforme à notre nature, nous ne recherchons pas tout plaisir, et il y a des cas où nous passons par‑dessus beaucoup de plaisirs, savoir lorsqu’ils doivent avoir pour suite des peines qui les surpassent ; et, d’autre part, il y a des douleurs que nous estimons valoir mieux que des plaisirs, savoir lorsque après avoir longtemps supporté les douleurs, il doit résulter de là pour nous un plaisir qui les surpasse.

Épicure, Lettre à Ménécée, IIIe s. av. J.-C., trad. O. Hamelin.

Aide à la lecture

a.
L’ataraxie désigne l’absence de trouble de l’esprit, l’absence de souffrance mentale. On la distingue de l’aponie, l’absence de souffrance physique. Voir le classement des désirs suivant l’épicurisme ci-dessous.

Note de bas de page

1.
Une théorie (du grec theorein, « contempler, observer, examiner ») est ici un ensemble d’explications organisées en un système cohérent. Une pratique (du grec praktikos, « actif, efficace ») consiste à mettre en application des règles ou des conseils fondés sur une théorie.

► Repères

Question

Le plaisir est-il l’ingrédient principal du bonheur ?
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Classement des désirs suivant l’épicurisme


Antiquité

Sénèque

Sénèque

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Texte 5
Bonheur et biens matériels
 ◉ ◉

Le stoïcisme est une philosophie de la sagesse. Elle cherche le bonheur dans la vérité. Or cette vérité nous enseigne que la fortune, c’est‑à‑dire la chance, ne peut pas faire notre bonheur, ni notre malheur, si elle vient à manquer.

 Ne va jamais croire qu’un homme qui s’accroche au bien‑être matériel puisse être heureux. Celui qui tire sa joie de ce qui vient du dehors s’appuie sur des bases fragiles. La joie est entrée ? Elle sortira. Mais celle qui naît de soi est fidèle et solide. Elle croît sans cesse et nous escorte jusqu’à la fin. Tous les autres objets qui sont communément admirés sont des biens d’un jour. « Comment ? On ne peut pas en tirer utilité et plaisir ? » Personne ne dit cela. Mais à condition que ce soient eux qui dépendent de nous et non le contraire. Tout ce qui relève de la Fortunea est profitable, agréable, à condition que le possesseur se possède aussi et ne soit pas asservi à ses biens. En effet, ceux qui pensent que c’est la Fortune qui nous attribue le bien ou le mal se trompent. Elle accorde juste la matière des biens et des maux, et les éléments de base destinés chez nous à tourner au mal ou au bien. L’âme, en effet, est plus puissante que la Fortune. Pour le meilleur ou pour le pire, elle conduit elle‑même ses affaires. C’est elle qui est responsable de son bonheur ou de son malheur.

Sénèque, Lettres à Lucilius, Ier s. apr. J.-C., trad. A. Golomb, Arléa, 2010.

Aide à la lecture

a.
Dans la mythologie romaine, Fortuna est la déesse du hasard (positif ou négatif). Par métonymie, la Fortune désigne ici la chance.

Question

Comment être heureux sans compter sur la chance ?
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Focus

Le mythe de Midas

Midas, roi de Phrygie, était connu pour sa cupidité. Ses troupes trouvèrent un jour un homme ivre qu’elles amenèrent jusqu’au roi. Midas le reconnut : il s’agissait de Silène, l’ami de Dionysos, dieu de la fête et du vin. Il fit donner une grande fête en son honneur et lui offrit l’hospitalité. Pour remercier Midas de l’accueil réservé à son ami, Dionysos proposa à Midas d’accomplir son vœu le plus cher.

Ce dernier était un homme avide, préoccupé d’asseoir sa puissance en augmentant son trésor. Il demanda donc à Dionysos le pouvoir de transformer tout ce qu’il touchait en or. Son vœu fut exaucé mais, très vite, il comprit son erreur, car se transformèrent également en or son eau, sa nourriture et même sa propre fille.

Il implora alors Dionysos de lui rendre son ancienne condition. Seuls des bains répétés dans le fleuve Pactole pouvaient briser ce vœu. Midias accomplit donc ces rites et retrouva ainsi son ancienne vie.
Walter Crane, Le roi Midas et sa fille,
1893, lithographie (bibliothèque du
Congrès, Washington).

Activité

Illustrez le classement des plaisirs du tableau (⇧) ci-dessus avec des exemples variés et personnels.

Désirs naturels nécessaires Désirs naturels non nécessaires Désirs non naturels et non nécessaires
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