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Est-on libre malgré ce qui peut nous déterminer ?
P.380-381

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Réflexion 3


Est‑on libre malgré ce qui peut nous déterminer ?





XXe siècle

Pierre Bourdieu

Bourdieu


Texte 9
Les déterminations sociales limitent notre liberté
◉ ◉ ◉

Pierre Bourdieu, sociologue et philosophe français, nomme habitus l’ensemble des influences qui détermine nos perceptions, nos actions et nos pensées en raison de notre éducation, de la vie en société et de l’histoire collective. Nous ne pouvons pas les changer, mais seulement en prendre conscience.

 Produit de l’histoire, l’habitus produit des pratiques, individuelles et collectives, donc de l’histoire, conformément aux schèmes engendrés par l’histoire ; il assure la présence active des expériences passées qui, déposées en chaque organisme sous la forme de schèmes de perception, de pensée et d’action, tendent, plus sûrement que toutes les règles formelles et toutes les normes explicites, à garantir la conformité des pratiques et leur constance à travers le tempsa. Passé qui survit dans l’actuel et qui tend à se perpétuer dans l’avenir en s’actualisant dans des pratiques structurées selon ses principesb […].

 La sociologie traite comme identique tous les individus biologiques qui, étant le produit des mêmes conditions objectives, sont dotés des mêmes habitus : classe de conditions d’existence et de conditionnements identiques ou semblables, la classe sociale (en soi) est inséparablement une classe d’individus biologiques dotés du même habitus, comme système de dispositions commun à tous les produits des mêmes conditionnementsc. S’il est exclu que tous les membres de la même classe (ou même deux d’entre eux) aient fait les mêmes expériences et dans le même ordre, il est certain que tout membre d’une même classe a des chances plus grandes que n’importe quel membre d’une autre classe de s’être confronté aux situations les plus fréquentes pour les membres d’une même classe : les structures objectives que la science appréhende sous la forme de probabilités d’accès à des biens, des services et des pouvoirs, inculquent, à travers les expériences toujours convergentes qui confèrent sa physionomie à un environnement social, avec ses carrières « fermées », ses « places » inaccessibles ou ses « horizons bouchés ».d

 […] Le poids particulier des expériences primitives résulte en effet pour l’essentiel du fait que l’habitus tend à assurer sa propre constance et sa propre défense contre le changement à travers la sélection qu’il opère entre les informations nouvelles, en rejetant, en cas d’exposition fortuite ou forcée, les informations capables de mettre en question l’information accumulée et surtout en défavorisant l’exposition à de telles informations.

Pierre Bourdieu, Le sens pratique, Éditions de Minuit, 1980.

Aide à la lecture

a.
Bourdieu parle de schèmes de la pratique pour qualifier des procédés généraux que suivent nos comportements et nos pensées.
b. Les habitus ne sont pas des contraintes comme peuvent l’être des mécanismes biologiques nécessaires, car ils résultent d’une histoire contingente, qui aurait pu être autrement qu’elle n’a été.
c. Une classe sociale est un groupe d’individus qui agit de manière similaire, car les expériences que les individus vivent – ayant été normées – sont quasi identiques.
d. La sociologie ne dégage que des probabilités, plus ou moins grandes, que des réactions se produisent. Elle ne peut prédire à l’avance par des lois nécessaires ce qu’un individu va faire ou penser, à la différence des sciences de la nature.

Question

En quoi une appartenance socio-économique nous détermine‑t‑elle ?
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TEXTE FONDATEUR

XXe siècle

Jean‑Paul Sartre

Sartre

Retrouvez ici sa biographie.

Texte 10
L’homme est liberté
◉ ◉ 

Jean‑Paul Sartre ne se satisfait pas du déterminisme, qu’il s’agisse du déterminisme naturel, social, psychologique ou métaphysique. L’homme doit se définir seul. Il est donc entièrement responsable de lui‑même, puisque qu’il invente les valeurs qui donneront sens à ses actes.

 Dostoïevski avait écrit : « Si Dieu n’existait pas, tout serait permis ». C’est là le point de départ de l’existentialisme. En effet, tout est permis si Dieu n’existe pas, et par conséquent l’homme est délaissé, parce qu’il ne trouve ni en lui, ni hors de lui une possibilité de s’accrocher. Il ne trouve d’abord pas d’excuses. Si, en effet, l’existence précède l’essence, on ne pourra jamais expliquer par référence à une nature humaine donnée et figée ; autrement dit, il n’y a pas de déterminisme, l’homme est libre, l’homme est libertéa. Si, d’autre part, Dieu n’existe pas, nous ne trouvons pas en face de nous des valeurs ou des ordres qui légitimeront notre conduite. Ainsi, nous n’avons ni derrière nous, ni devant nous, dans le domaine numineux des valeurs, des justifications ou des excuses. Nous sommes seuls, sans excuses. C’est ce que j’exprimerai en disant que l’homme est condamné à être libreb.

 Condamné, parce qu’il ne s’est pas créé lui‑même, et par ailleurs cependant libre, parce qu’une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu’il fait. L’existentialiste ne croit pas à la puissance de la passionc. Il ne pensera jamais qu’une belle passion est un torrent dévastateur qui conduit fatalement l’homme à certains actes, et qui, par conséquent, est une excuse. Il pense que l’homme est responsable de sa passion. L’existentialiste ne pensera pas non plus que l’homme peut trouver un secours dans un signe donné, sur terre, qui l’orientera ; car il pense que l’homme déchiffre lui‑même le signe comme il lui plaîtd. Il pense donc que l’homme, sans aucun appui et sans aucun secours, est condamné à chaque instant à inventer l’homme.

Jean‑Paul Sartre, L’existentialisme est un humanisme, 1946, © Éditions Gallimard, 1996.

Aide à la lecture

a.
L’existentialisme défend l’idée que l’existence précède l’essence : cela signifie que nos actions définissent ce que nous sommes.
b. L’homme ne peut pas fuir sa liberté, en ce sens, il y est condamné.
c. Les passions ne sont pas une excuse à nos conduites. Nous devons les assumer comme liées à nos choix et à nos projets.
d. La situation où nous nous trouvons ne détermine pas notre choix : c’est nous qui faisons, par notre choix, ce que nous voulons de la situation où nous nous trouvons.

Question

Être libre, est‑ce assumer absolument ses choix ?
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Précision

La reproduction sociale

Les résultats de l’enquête FQP (Formation, qualification professionnelle) de l’Insee en 2014‑2015, portant sur 27 000 personnes actives, semblent donner raison à Bourdieu.
L’enquête indique que :
  • 47 % des fils de cadres sont devenus cadres.
  • 47,6 % des fils d’ouvriers sont devenus ouvriers.
  • Une majorité des filles d’ouvriers, de cadres ou de professions intermédiaires deviennent employées ou occupent des professions intermédiaires.
  • 9,4 % des fils d’ouvriers ont connu une ascension sociale.
  • 5,3 % des filles d’ouvriers ont connu une ascension sociale.

Activité

Présentez oralement un argumentaire contradictoire en comparant la thèse de Sartre (⇧) avec les données sociologiques présentées ci‑dessus (⇧), et illustrez votre propos.
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